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Pourquoi 2016 sera une année sportive pour les marchés financiers

imgresPas de trêve des confiseurs pour l’économie mondiale ! L’année 2016 s’annonce agitée pour les marchés financiers, pris en tenaille entre le ralentissement chinois et le resserrement monétaire de la Fed.

La décélération chinoise n’est pas une surprise. Mais l’incertitude sur son ampleur amplifie la volatilité ambiante. La Chine paie aussi le prix de son opacité statistique. Et les organismes internationaux mettent trop de temps à revoir à la baisse des prévisions de croissance chinoise encore officiellement supérieures à 6 % pour 2016. Les opérateurs de marché sont plus réactifs en ce qu’ils voient dans le recul du yuan le moins mauvais indicateur du ralentissement de la croissance. La Chine va devoir résoudre cette contradiction apparente : à court terme, laisser filer le taux de change afin de doper ses exportations ; sur le long terme, stimuler la demande intérieure pour passer au nouveau modèle de croissance affiché.

Dans le sillage de la Chine, les pays émergents sont en première ligne, surtout ceux exportateurs d’énergie qui doivent ajouter au reste les conséquences du fort recul du prix du pétrole.

Du côté américain, la Fed doit éviter d’enclencher un krach obligataire. L’expérience de 1994 est encore dans les têtes. Les « petits pas » dans la remontée du taux directeur avaient entraîné les taux longs dans leur sillage et la déroute du marché obligataire. Certes, le contexte était différent, avec à l’époque une inflation trop élevée, alors qu’aujourd’hui elle est trop basse dans les pays avancés.

La zone euro est décalée de près de deux ans par rapport aux Etats-Unis. Pas de hausse du taux directeur de la BCE en 2016, poursuite du QE (« quantitative easing ») renforcé en décembre dernier, potentiel de recul supplémentaire de l’euro vis-à-vis du dollar… Chaque mois, la BCE achète pour 60 milliards d’euros d’obligations, et ce au moins jusqu’en mars 2017, face à des vendeurs qui ne se bousculent pas. Les taux sur les dettes les mieux notées devraient rester modiques en 2016. Sauf si…

Sauf si la bulle formée sur cette partie-là du marché obligataire éclatait… Un scénario qui impliquerait une remontée brutale des taux longs. L’étincelle pourrait venir des taux longs américains, encore directeurs au plan mondial. Il ne faut cependant pas sous-estimer des causes internes à l’Europe, comme la persistance des déficits publics et des dettes publiques ni le poids croissant de la Chine : nous entrons dans une ère où les secousses des places de Shanghai et Shenzhen auront de plus en plus des conséquences systémiques au plan mondial. Le renforcement des marchés financiers en Europe est indispensable pour éviter d’être les spectateurs passifs d’un ping-pong sino-américain. L’Union des marchés de capitaux doit donc passer la vitesse supérieure et surtout devenir plus concrète.

Il existe un paradoxe de la liquidité. Le monde en regorge. C’était déjà le cas avant 2007, c’est encore plus vrai depuis avec le QE. Pourtant, le constat d’un manque de la liquidité sur de nombreux segments de marché peut alimenter une prophétie autoréalisatrice : le seul fait d’anticiper l’illiquidité la crée, faute de contreparties sur les marchés.

Face aux attaques spéculatives, les mesures administratives n’ont qu’une efficacité toute relative. Elles peuvent même être contre-productives. On l’a bien vu avec l’expérience chinoise actuelle, qui a conduit à la levée de certaines de ces mesures. A court terme, les banques centrales demeurent enpremière ligne, seules à même d’affronter une crise en injectant massivement des liquidités. Le paradoxe de la liquidité est le reflet du paradoxe de la politique monétaire. Les banques centrales nous ont fait éviter une déflation majeure. Ce faisant, en augmentant massivement leurs bilans, elles ont donné des munitions à la spéculation sur les marchés d’actifs. Difficile d’avoir le beurre et l’argent du beurre… Tout compte fait, pas trop de regrets : s’il faut vraiment choisir, il vaut mieux vivre dans un monde où l’on passe d’une bulle à l’autre que risquer une déflation style années 1930.

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