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Pourquoi il faut lutter contre les discriminations

La France figure parmi les pays européens où la discrimination est ressentie avec le plus d’acuité. Les corriger n’est pourtant pas une fatalité.

L’équipe de France a beau avoir gagné le Mondial de football, le football reste, comme le marché du travail, traversé par la tentation primaire du rejet de la différence. En témoignent les cris de singe lancés à l’encontre des joueurs d’origine africaine, ou les insultes homophobes comme « pédé », « tarlouze » ou « tapette » qu’un quart des Français admet proférer en assistant à un match. De fait, la France figure parmi les pays européens où la discrimination est ressentie avec le plus d’acuité.

Lorsqu’on demande aux Français si la discrimination fondée sur l’origine ethnique ou la religion est répandue, plus de 8 sur 10 répondent par l’affirmative, contre à peine deux tiers des Européens. Une majorité de Français pensent aussi que la discrimination à l’égard des femmes est plutôt répandue, voire très répandue, contre un tiers seulement de répondants européens. Et 7 personnes sur 10 pensent que la discrimination à l’égard des gays et des lesbiennes est fréquente – là encore l’un des taux les plus élevés en Europe. Depuis dix ans ces chiffres se sont plutôt aggravés.

Accès à l’emploi

C’est un fait, les femmes ont un accès plus difficile à l’emploi autour de l’âge de la maternité, et elles gagnent en moyenne 15 % de moins que les hommes à temps plein. Les seniors ont, quant à eux, 30 à 50 % moins de chances que les jeunes d’être invités à un entretien d’embauche dans de nombreux métiers, et ce désavantage peut se ressentir dès la quarantaine.

La situation est pire encore pour les personnes LGBT qui peuvent avoir jusqu’à deux fois moins de chances que les personnes hétérosexuelles et cisgenres, à compétences égales, de décrocher un emploi lorsque leur orientation sexuelle ou identité de genre est révélée.

Certaines minorités ethniques voient également leurs chances d’accès à l’emploi réduites de moitié par rapport aux candidats blancs. Un musulman doit envoyer quatre fois plus de candidatures qu’un catholique s’il est pratiquant. Mais ce n’est pas tout : les personnes qu’on juge laides, les personnes obèses, les personnes de petite taille, sont discriminées à très grande échelle, notamment dans les métiers où les interactions avec les clients sont fréquentes. Ainsi, les femmes obèses ont un salaire 10 % plus faible que les autres. Les hommes les plus grands ont un salaire 13 % plus élevé que les plus petits.

Certes, le marché du travail ne cesse de générer des disparités d’emploi. Mais aucune inégalité n’est moins acceptable que celle résultant de la discrimination, car elle ne sanctionne ni le talent, ni l’effort, ni même la chance. Bien au contraire, les discriminations découragent les talents, désincitent l’effort et réduisent les chances de réussite. Elles génèrent un coût économique, humain et social qui ampute le potentiel de croissance d’un pays.

Stratégie nationale

Pourtant, les discriminations ne sont pas une fatalité. Elles peuvent se corriger, à l’image des biais cognitifs qui les génèrent. Les exemples de progrès, y compris à l’échelle d’un pays, sont nombreux. Interdire la discrimination par la loi est une première étape, incontournable, mais elle n’est pas suffisante.

Il faut la compléter d’un vaste ensemble de politiques allant des formations à la réduction des biais inconscients, à la modification des stéréotypes sur certains groupes (par exemple, l’incapacité des mères à assumer des postes à responsabilité), en passant par la systématisation du processus de recrutement ou les incitations à l’embauche.

Des actions en amont du marché du travail, dès l’école, pour contrer la tendance des groupes discriminés à se conformer aux stéréotypes négatifs qui les ciblent et les poussent à l’échec sont également indispensables. Il est urgent de mettre en place une stratégie nationale assortie d’un fond d’expérimentation pour tester à grande échelle l’efficacité des ces approches innovantes.

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