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Quelques leçons de la crise énergétique

Gaz, électricité, puis pétrole maintenant, l’Europe subit de plein fouet les chocs, ramenée à sa grande dépendance. L’UE importe plus de 60% de son énergie, contre 44% en 1990. Sur le marché pétrolier, l’Arabie Saoudite et la Russie (et leurs alliés) accroissent leur production au « compte-goutte » pour alimenter une demande peu sensible à Omicron, tandis que des producteurs voient leurs volumes réduits par des problèmes politiques ou techniques (Libye, Nigeria, Angola, …). Sur le marché du gaz, l’envolée des cours s’explique notamment par la concurrence de la demande chinoise et le peu de zèle de la Russie à accroître ses livraisons. Et, pour l’avenir immédiat, retenons qu’environ un tiers du gaz russe exporté vers l’UE transite via l’Ukraine…

Non seulement l’Europe n’a pas prise sur les énergies fossiles, mais l’instabilité se transmet au marché électrique. Et, comme souligné ces jours derniers en préambule de la réunion des ministres de l’énergie et de l’environnement à Amiens (sous l’égide de la PFUE), cette instabilité menace « la soutenabilité de la décarbonation de l’économie européenne par l’électrification des consommations et le financement des moyens de production électrique décarbonés« .

Comme ce chaos pourrait préfigurer des années de turbulence, il importe d’en tirer quelques leçons de la crise en cours.

S’interroger sur les conditions de la transition décarbonée

Tout d’abord, même s’il ne s’agit « pas d’une crise des énergies renouvelables ou propres, mais d’une crise du marché du gaz naturel » (selon Fatih Birol, Directeur exécutif de l’Agence Internationale de l’Énergie), l’Europe doit s’interroger sur les conditions de sa transition décarbonée, pour répondre à l’ambition du Fit for 55 (réduction de 55% des émissions de gaz à effet de serre en 2030, contre – 40% envisagé). Dès lors qu’il faudra tenir ce cap par « gros temps », les mesures d’accompagnement des ménages précaires (de l’ordre de 50 millions d’Européens) seront clés. Il est urgent de finaliser la création de Fonds Social pour le Climat (compris dans les projets de la Commission Européenne), à ce jour prévue pour 2025… Et de l’abonder à la mesure du choc actuel.

1% du PIB : le coût des « boucliers tarifaires »

Car, deuxième enseignement, si les ménages les plus modestes ne sont pas abrités des chocs, les États sont conduits dans l’urgence à ériger des « boucliers tarifaires » avec des mesures coûteuses. Certes, nécessité fait loi, et après deux années de crise sanitaire, les Européens ne pouvaient pas rester exposés à de tels chocs sans amortisseur (de même que les entreprises intensives en énergie). Mais ces mesures pèsent lourd et pourraient, pour la France, avoisiner 1% du PIB. 20 milliards d’euros ont d’ores et déjà été engagés, essentiellement pour l’électricité, secondairement le gaz, et l’essence peut-être prochainement. De telles mesures créent un effet d’aubaine dès lors qu’une part des ménages aurait pu supporter un accroissement des prix énergétiques. Et, surtout, ne « vaccinent » personne contre une prochaine « vague ». Par comparaison, le budget 2022 de l’ANAH (Agence Nationale de l’Habitat) est de 3,2 milliards d’euros, afin d’accélérer la rénovation thermique des logements.

Enfin, et surtout, il faut saisir ces circonstances anxiogènes… pour convaincre que la transition énergétique n’est pas une promesse de « sang et de larmes », mais la seule police d’assurance face à ces chocs, en réduisant la dépendance aux énergies fossiles d’un continent qui n’en extrait plus. Comme la crise sanitaire, cette crise énergétique impose d’imaginer lucidement le monde d’après.

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