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Réduction des déficits publics : pourquoi l’austérité n’est pas la solution

Patrick Artus

Patrick Artus

Changement. La directrice générale du Fonds Monétaire International l’a récemment reconnu : le FMI a changé et n’impose plus des politiques d’ajustement structurel qui ont été décriées notamment en Afrique et en Amérique latine dans les années 80 et 90. Mais quelle que soit la sémantique utilisée, et quels que soient les pays, le Fonds monétaire continue d’appeler à des coupes dans les dépenses publiques. Selon Patrick ARTUS, pour ce qui est de la France, il faut se donner du temps pour réduire le déficit public. Et l’économiste de rejeter l’idée selon laquelle « l’austérité à outrance est imposée par les marchés financiers. C’est faux. Elle ne l’est pas et ne l’a jamais été ».

Donner du temps au temps. « Quand le gouvernement prend des mesures de soutien de l’offre – 35 milliards d’euros de baisse de prélèvements pour les entreprises – il faut bien avoir conscience que les effets ne se font sentir que deux ou trois années après », analyse Patrick ARTUS. D’où l’importance, à ses yeux, de « ne pas compenser trop vite la réduction d’impôts par des économies sur les services publics  ». Le Directeur de la recherche économique de Natixis cite volontiers le cas de l’Allemagne où, dans les années 2000, le chancelier Gerhard Schröder a laissé filer les déficits afin de se donner du temps pour faire les réformes, dont celle du travail. On connaît la suite : le déficit a commencé à baisser en 2005, en passant progressivement de 4 à, quasiment, 0% du PIB.

Gestes forts. L’aspect psychologique peut avoir des conséquences économiques contreproductives. Selon Patrick ARTUS, il convient de prouver que l’Etat peut faire de vraies économies. Se contenter de vagues engagements serait dangereux. « Si les Français ne croient pas le gouvernement capable de réduire la dépense publique et anticipent des hausses d’impôts, ils placeront leur argent sur l’épargne. La demande serait alors cassée  », grippant encore plus la machine. Sans consommation, pas de croissance, donc moindre capacité à rembourser sa dette. C’est cela que les marchés n’aiment pas.

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