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Retraites : pour choisir le meilleur système possible

Le débat sur la réforme des retraites en France est devenu très confus, et on a entendu de nombreuses approximations et contre-vérités. Pourtant, la question des retraites aurait pu être présentée aux français de manière pédagogique, leur permettant de faire un choix entre les différentes pistes d’évolution possibles du système de retraite.

Le point de départ est bien sûr le vieillissement démographique. De 2020 à 2040, le ratio entre le nombre de retraités et le nombre d’actifs cotisants, si l’âge de départ à la retraite n’est pas modifié (aujourd’hui en France, le taux d’emploi des 60-64 ans est de 30%, ce qui est faible), va augmenter de un tiers.

Il y a alors seulement trois possibilités : soit le poids des retraites dans le Produit Intérieur Brut augmente, soit l’âge de départ à la retraite est reporté, soit le niveau des retraites est réduit.

Il faut alors comprendre que, sans que les français en soient peut être totalement conscients, le choix fait avec le système actuel de retraite, pour le secteur privé, est de réduire le niveau des retraites, puisque celles-ci sont basées sur le salaire des 25 meilleures années, indexées sur les prix et non sur les salaires, et qu’elles sont après la retraite indexées aussi sur les prix. Si les gains de productivité sont de 1% par an, l’indexation sur les prix et non sur les salaires réduit la retraite initiale (la première année de retraite) de 14%, réduit la retraite en fin de vie de 41%. Le système par points avec indexation du point sur le salaire ferait disparaître cette baisse des retraites.

Si la baisse des retraites n’est pas utilisée pour compenser le vieillissement démographique, il reste alors deux pistes qui sont le report de l’âge du départ à la retraite et la hausse du poids des retraites dans le Produit Intérieur Brut.

En prenant une espérance de vie à la retraite à 62 ans de 24 ans, on peut calculer qu’il faudrait faire passer, de 2020 à 2040, l’âge de départ à la retraite de 62 ans à 68 ans (la repousser de 6 ans) pour équilibrer le système de retraite sans accroître le poids des retraites (qui est de 13,8% du PIB en 2019). On voit que c’est ici la piste privilégiée par le gouvernement : passer à un système à points avec indexation du point sur le salaire (donc abandonner la baisse des retraites comme méthode de rééquilibrage) avec un départ plus tardif à la retraite (« l’âge pivot » ou « âge d’équilibre » à 64 ans à l’horizon 2027, 68 ans dans nos calculs en 2040).

Si cette solution est rejetée, et si l’âge de départ à la retraite se stabilise un peu au-dessus de 62 ans en moyenne, et si le niveau relatif des retraites n’est plus réduit, il reste alors comme seule solution d’accepter la hausse du poids des dépenses de retraite. Compte tenu des perspectives démographiques, il devrait alors passer de 13,8% du PIB en 2020 à 18,4% du PIB en 2040 : il faut comprendre qu’il s‘agit d’une taxe sur les actifs (sur les « jeunes ») au profit des retraités (des « vieux »), qui apparaît quel que soit le système de retraite ; en répartition, il s’agit d’un prélèvement sur le revenu du travail, en capitalisation d’un prélèvement sur le revenu du capital, dans les deux cas, d’un prélèvement sur le Produit Intérieur Brut qui est la somme du revenu du travail et du revenu du capital.

La préférence de la majorité des économistes, parmi les trois choix possibles (baisser le niveau des retraites, repousser l’âge de la retraite, augmenter le poids des retraites donc des impôts qui les financent) va normalement au report de l’âge de la retraite. En effet, la baisse du niveau des retraites ferait apparaître une hausse du taux de pauvreté chez les retraités (qui est aujourd’hui faible en France, 8%) et conduirait à de l’épargne de précaution, en prévision d’une retraite faible, chez les actifs, donc à un recul de la consommation ; la hausse du poids des retraites, aggravant le problème de compétitivité-coût de la France, où déjà les cotisations sociales des entreprises sont 4 points de PIB plus élevées que dans les autres pays de la zone euro. Mais, quelles que soient les préférences des économistes, il faudrait consulter les français sur la méthode de compensation des effets du vieillissement sur les systèmes de retraite qu’ils préfèrent.

Ceci définirait les grandes lignes de l’évolution du système de retraite (poursuite de la baisse des retraites, ou report de l’âge de la retraite, ou hausse de la pression fiscale finançant les retraites).

Une fois cette grande ligne définie, il reste à traiter de nombreuses questions plus fines, ou plus techniques, en particulier celles de la pénibilité et de l’espérance de vie : en France, l’espérance de vie d’un ouvrier est plus faible de 4,8 années que celle d’un cadre supérieur, ce qui incite évidemment à moduler l’âge de départ à la retraite en fonction de l’espérance de vie.

Mais le débat sur les grands choix est un préalable essentiel.

 

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