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Régime d’indemnisation des intermittents, le spectacle peut-il continuer ?

des-intermittents-du-spectacle-manifestent-contre-le-projet-de-reforme-de-la-convention-d-assurance-chomage-le-25-avril-2014-a-bourges_5152841Nouvelle bataille. On se souvient de l’année 2003. Les intermittents du spectacle s’étaient alors mobilisés en masse pour faire échouer toute tentative de révision de leur système d’indemnisation. Le sujet refait surface avec les récentes propositions du MEDEF. L’organisation patronale propose en effet de supprimer les annexes 8 et 10 applicables aux artistes et techniciens du spectacle vivant, et leur alignement sur le régime général d’indemnisation du chômage. Selon Pierre CAHUC, « ce n’est pas le régime de droit commun qui gangrène le système français d’assurance-chômage mais deux régimes spéciaux : celui des intermittents et celui des intérimaires, tous deux structurellement déficitaires  ».

Alternance. Le régime des intermittents qui a bénéficié à quelque 112.000 personnes en 2012 accuse, selon la Cour des comptes, un déficit d’1 milliards d’euros. Pour sa part, l’Unedic évalue à 320 millions le surcoût du régime. « Ces deux régimes coûtent très chers car ils permettent de cumuler, ou d’alterner, travail et indemnités à des conditions plus avantageuses que celles en vigueur pour le régime général  », souligne Pierre CAHUC. Actuellement, selon les syndicats, un intermittent sur deux n’est pas indemnisé et le régime, qui correspond à de la précarité, ne doit pas être considéré comme un privilège. Le fait est que le dispositif créé de fortes disparités entre les chômeurs.

Mission détournée. Sur le fond, le mécanisme d’indemnisation des intermittents porte en germes un caractère que d’aucun qualifieront de vicieux. « Avec ce système, explique Pierre CAHUC, l’assurance-chômage qui devrait avoir pour but d’aider à retrouver un emploi stable, ne fait en réalité que subventionner les emplois instables de manière massive. Il pousse également à s’installer dans une activité réduite ». Et l’économiste de conclure : « comme souvent en France, la création de régimes particuliers fragilise l’ensemble du système au détriment d’une majorité de la population ». Difficile à faire évoluer ? Les prochains mois le diront dans le cadre de la dure bataille pour réaliser des économies dans les comptes publics.

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