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Relancer la croissance par des politiques ciblées

imagesLe FMI a présenté des perspectives économiques révélant une inquiétude sourde sur l’état du monde et appelant un changement politique fort : la reprise se consolide mais reste structurellement faible. Les taux de croissance de la plupart des pays s’inscrivent durablement en baisse sur la dernière décennie. Malgré un environnement de taux d’intérêt bas, l’épargne s’accroît et l’investissement reste faible, pénalisé par des rendements incertains compte tenu des risques perçus. L’endettement des Etats s’établit à des niveaux record à travers le monde et, hormis de rares exceptions, n’offre pas de signe de réduction. La grogne populaire s’accroît et favorise la montée des idéologies prônant le repli sur soi aux Etats-Unis, au Royaume-Uni, en Europe continentale, comme en Chine, alors même que la croissance des dernières décennies a été portée par l’ouverture à la mondialisation. Il subsiste des risques latents au potentiel disruptif incalculable : l’incapacité apparente de la Chine à croître sans augmentation du crédit, l’affaiblissement séculaire de la construction européenne que symbolise le référendum britannique, la baisse des prix des matières premières pour certains émergents.

Face à ce tableau, le FMI lors des assemblées du printemps 2016, a prôné le retour de l’activisme politique sur mesure loin de tout « consensus de Washington » : des actions nationales ciblées et différentiées dans le cadre d’une véritable coordination internationale qui va au-delà des communiqués de consensus dans les instances de gouvernance internationale comme le G20, une réflexion pragmatique sur la réglementation financière, une analyse des conséquences individuelles de la mondialisation. L’évolution de la doctrine FMI engagée pendant la crise financière se poursuit.

Les gouvernements ont environ six mois pour, à leur tour, évoluer, puisque, après un début 2016 chaotique, les principales sources d’instabilité ont été momentanément anesthésiées.

La Chine, d’abord, a réagi face à la fuite des capitaux qu’elle ne pouvait juguler en revenant sur l’ouverture financière et stimulant la construction et les investissements (au lieu de la consommation) par une augmentation de la dette. La croissance de court terme demeure ainsi soutenue au prix d’un endettement croissant et de la persistance de ses déséquilibres structurels.

La Fed, ensuite, a modéré les anticipations de normalisation des taux. Arguant de risques minimes sur la stabilité financière, mais réels sur la dynamique économique dans un environnement international qui reste fragile et avec une économie américaine qui réalise que de faibles gains de productivité, elle a incité les marchés et les acteurs économiques à ne plus attendre de hausse des taux avant les élections américaines.

La politique monétaire, brillante et technocratique, a joué pleinement son rôle mais atteint ses limites et ne pourra plus redresser la croissance : c’est autour des gouvernements d’oeuvrer pour la croissance. Le rendement de la politique monétaire est maintenant faible, le Japon en est le premier symbole ; et la normalisation des taux inenvisageable dans des pays trop endettés. En revanche, les banques centrales sont devenues les principaux bailleurs des Etats, les protégeant contre une crise de dette souveraine, leur permettant un activisme politique fort pour sortir les économies de leur léthargie et faire revenir la confiance des entreprises comme des ménages.

Dans ce contexte, l’outil budgétaire ne peut plus être réduit à un bras dépensier mais doit cibler son action : en Chine, en Allemagne, aux Etats-Unis pour soutenir les revenus des ménages les moins aisés et leur permettre de consommer ; dans les pays à fort déficit en restructurant les dépenses et les subventions pour les rendre productives et inclusives.

L’urgence la plus forte demeure néanmoins en Europe : le référendum britannique fait courir un risque à toute l’Union européenne, tant est grand le ressentiment vis-à-vis d’une construction européenne non assumée et désincarnée, symbole à la fois de libéralisation économique non maîtrisée pour les pays du Sud, et de contraintes réglementaires et dérives dépensières non désirées pour les pays du Nord. La BCE n’y peut rien, les conseils du FMI non plus : seuls les politiques européens, qui ont abandonné le projet européen, peuvent aujourd’hui tout.

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