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Réparer la société, ensemble

Nous étions à peine sortis de deux crises sociales majeures lorsque la pandémie est arrivée. La crise des gilets jaunes, puis les protestations des opposants à la réforme des retraites ont révélé de profondes fractures et une forte défiance vis-à-vis des réformes, fussent-elles nécessaires.

D’une certaine manière, lors du premier confinement, la pandémie, en imposant ses règles, a permis de retrouver une forme d’unité et de solidarité nationale. Elle a constitué une sorte de parenthèse faite de sidération et du sentiment que la crise serait de courte durée. La longueur de la pandémie a changé la donne, questionnant notre système de santé, notre modèle de croissance et notre capacité à anticiper les crises comme à y répondre lorsqu’elles se produisent.

A la faveur du déconfinement et de la stratégie vaccinale, la reprise économique est forte. Mais de profondes incertitudes demeurent. L’économie repart en ordre dispersé, laissant des secteurs et des individus au bord du chemin. Or il n’est pas de rebond durable qui ne repose aussi sur la confiance et la cohésion sociale.

La conjonction d’une période préélectorale et de la nécessité de sortir du « quoi qu’il en coûte » peut conduire à l’accentuation des clivages et des oppositions catégorielles que la pandémie a fait naître ou qu’elle a amplifiées.

Crainte du déclassement

L’appétit d’une partie des Français pour le télétravail crée une fracture entre ceux qui peuvent en bénéficier, et choisir de ce fait une vie meilleure en se logeant autrement, et ceux qui en sont exclus. La prochaine réforme des retraites – si elle est conduite -, l’extinction progressive du chômage partiel et la fin des aides et prêts liés aux arrêts d’activité appellent une rupture avec le sentiment que l’argent public peut couler à flots. Y est-on prêt ?

Et malgré nombre de mesures d’accompagnement en direction des catégories les plus touchées, qu’il s’agisse des jeunes, des précaires, des femmes si nombreuses dans les secteurs où se sont concentrées les plus grandes difficultés, des indépendants, des travailleurs des plateformes et de ceux qui occupent des emplois destinés à disparaître avec la numérisation, la crainte du déclassement demeure, et doit trouver des réponses acceptables par tous.

Comment conjuguer la nécessaire réindustrialisation sans céder au mythe de la technologie salvatrice, la prise en compte des clivages profonds qui minent notre capacité à vivre ensemble, et les aspirations de chacun à une « bonne vie » ? Telle est la gageure qu’il faut affronter.

Une partie des réponses réside dans le réenchantement de notre démocratie. Dans son livre sur les conséquences de la pandémie – « Les Capitalismes à l’épreuve de la pandémie » , aux éditions La Découverte – Robert Boyer insiste sur le triptyque « santé, éducation, culture », au cœur d’un nouvel âge du capitalisme. Avec en arrière-plan un changement de paradigme écologique. Pourtant, « du passé, le Covid-19 ne fait pas table rase », écrit l’économiste.

Il n’y aura pas un monde d’avant et un monde d’après, mais la crise nous impose de porter un regard lucide sur nos forces et nos faiblesses. C’est ainsi que les « Rencontres économiques d’Aix-en-Provence » seront un moment d’échange, d’analyse, d’élaboration des propositions indispensables à un objectif aussi ambitieux que nécessaire, celui de « réparer la société, ensemble ».

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