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Réussir l’inclusion économique des NEETs

Depuis de nombreuses années, le Cercle des économistes est persuadé que réussir l’inclusion économique des jeunes est la condition nécessaire pour bâtir une activité économique vigoureuse et une société apaisée. Les NEETs (Not in Employment Education nor Training), jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation, sont toujours plus au cœur de l’attention des pouvoirs publics. Le défi est immense ! Nous parlons encore de 1,5 millions de jeunes de 15 à 29 ans dans cette situation. Ce sont près d’un jeune sur sept en France, et plus d’un jeune sur quatre dans les quartiers prioritaires des politiques de la ville.

Une catastrophe économique et sociale

Ne pas mettre ce problème parmi nos priorités serait une catastrophe économique et sociale. Au-delà des coûts induits pour les finances publiques, leur intégration sur le marché du travail pourrait nous permettre de gagner jusqu’à 0,4 points de croissance de PIB. Et cela sans prendre en considération l’aspect social essentiel qu’est ce moment crucial de l’entrée dans la vie active. Ne l’oublions pas, une économie qui n’inclut pas c’est une société qui exclut.


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Fort heureusement, les acteurs évoluent et s’adaptent, notamment à la lumière de la crise de la Covid-19 et de la reprise qui semble poindre. Les pouvoirs publics renouvellent leur action et les entreprises sont toujours plus nombreuses à se lier plus directement avec le monde de la formation.

Agir sur les compétences

Mais il reste aujourd’hui deux principaux écueils sur lesquels nous devons agir : les compétences et la ségrégation sociale. En effet, les compétences transversales, ou soft skills, comme la capacité d’adaptation ainsi que les compétences numériques deviennent indispensables, plus encore que les diplômes. Par ailleurs, la fracture territoriale met en exergue des inégalités territoriales, sociales et résidentielles encore trop fortes pour que ces jeunes assurent leur insertion sur le marché du travail.


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C’est à partir de ce diagnostic que nous avançons sept propositions pour faciliter l’inclusion économiques des jeunes. Tout d’abord, il faut poursuivre le développement des écoles de la deuxième chance et des Établissements Pour l’Insertion Dans l’Emploi (EPIDEs), notamment sur les territoires où le nombre de NEETs est le plus important. Ensuite, établir une évaluation ex-post du revenu d’engagement sera nécessaire. Troisièmement, nous devons étendre le revenu d’engagement aux activités associatives pour aider les NEETs à acquérir l’expérience et les clés sur le marché du travail nécessaires. Quatrièmement, il faut mobiliser le Compte Personnel de Formation dans une logique globale de formation pour permettre aux jeunes de développer des compétences remarquables.

L’indispensable mixité des territoires

L’inclusion économique des NEETs passe également par une plus grande mixité des territoires. Notre cinquième proposition est donc de permettre aux habitants des quartiers sensibles d’avoir accès à une formation de qualité en donnant plus de moyens aux établissements des quartiers sensibles. Sixièmement, il est essentiel de faciliter le fonctionnement du marché du logement afin de favoriser la mobilité en assouplissant les conditions d’accès au parc locatif privé. Enfin, nous devons utiliser le logement social pour diminuer la ségrégation afin de diminuer la concentration des HLM dans les mêmes quartiers.

Grâce à ces mesures, et par la poursuite des efforts des pouvoirs publics et l’évolution des stratégies d’entreprises, nous nous assurerons finalement que les NEETs réussissent leur inclusion dans notre économie et notre société.

 


 

Nathalie Chusseau est professeure en Sciences économiques à l’Université de Lille.

Jean-Hervé Lorenzi est fondateur du Cercle des économistes, président des Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence et titulaire de la Chaire « Transitions démographiques, Transitions économiques ».

Grégory Verdugo est professeur en Sciences économiques à l’Université Evry Val-d’Essonne.

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