Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Santé, économie : la ligne de crête

Aucun pays n’a eu une gestion totalement exemplaire de la crise du fait de son caractère exceptionnel. Il ne sert donc à rien de nous autoflageller, comme le souligne Jean-Hervé Lorenzi. Mais cela ne doit pas nous dispenser d’interroger la stratégie de l’État sur la gestion de la vaccination, dont les conséquences, si notre retard perdure, pourraient être dramatiques pour la France.

Bien au-delà de la rocambolesque gestion des vaccins, nous pressentons tous que le débat sur l’équilibre entre gestion du risque sanitaire et gestion du risque économique est loin d’être terminé et que rarement un problème à résoudre ne fut d’une telle difficulté.

Nous nous sommes réunis à de nombreuses reprises, les membres du Cercle des économistes et les multiples acteurs de cette crise, virologues et épidémiologistes notamment. L’objectif est clair : il s’agit d’éviter dans les deux domaines ce que certains d’entre nous ont appelé le « stop and go ». Pour nous, et cela est encore plus vrai aujourd’hui, il y a un réel manque de débat public. Il faut donc créer les conditions de discussion entre la sphère sanitaire, la sphère économique et les décideurs des collectivités territoriales, qui sont souvent les plus légitimes pour traduire les sentiments, les peurs et les craintes de la société civile.

Plans de soutien massif

Notre seconde conclusion a porté sur ce que nous appelons les « trous dans la raquette », ce qui nous amène à soutenir une prise en compte beaucoup plus forte des grandes difficultés de la jeunesse, des travailleurs « en première ligne » et de la population pauvre, qui ne cesse de s’accroître.

Ensuite, nous nous sommes interrogés sur les opportunités qu’offre cette crise sur le plan du développement très important du télétravail, qui en aucun cas ne doit apparaître comme une solution magique.

Reste la question extrêmement difficile de savoir à quel moment les plans de soutien massif mis en place depuis mars dernier doivent être progressivement limités. Il s’agit là de la question économique la plus délicate, où se rejoignent de manière évidente les questions sanitaires et économiques. Le président de la République a indiqué qu’il assumait parfaitement la formule « quoi qu’il en coûte », et on ne peut que lui donner raison.

Le choix est simple, faut-il s’inquiéter dès à présent de l’accroissement de la dette ou d’un risque majeur de baisse d’activité difficilement récupérable. Nous sommes convaincus que, quel que soit le rebond envisagé, l’histoire des crises nous montre qu’il est beaucoup plus long qu’on ne l’imagine de retrouver les niveaux d’activité comparables à ce que nous avons connu précédemment. N’oublions pas que les plus optimistes évoquent ce retour au niveau d’activité de 2019 au mieux au cours de l’année 2022 et que tout ceci s’imagine dans une perspective de sortie de la crise sanitaire rapide. Il ne faut donc prendre aucun risque dans ce domaine, les aides mises en place doivent être maintenues tant qu’il le faudra, c’est-à-dire tant que nous n’aurons pas rétabli la confiance dans le pays.

Réactivité de Bercy

On peut enfin légitimement s’interroger sur notre gestion des deux crises sanitaire et économique en nous comparant à nos voisins européens. La tentation il y a quelques semaines était de prendre l’Allemagne comme le modèle à suivre, mais la triste réalité de ce qui s’est passé chez nos voisins est venue calmer notre tentation éternelle à nous autoflageller. Nous avons beaucoup confiné et nous avons beaucoup soutenu les acteurs économiques. Sur ce dernier point, la réactivité de Bercy ne supporte que peu de critiques.

Restent les jours à venir, l’affaire des vaccins est beaucoup plus importante et grave que celle des masques et des tests. Si l’on ne réagit pas immédiatement, la confiance va massivement disparaître dans le pays avec des conséquences tant sanitaires qu’économiques.

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