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Solidarité et réforme

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Le Ministre de l’économie et des finances Pierre Moscovici s’est récemment exprimé en faveur d’un dispositif européen d’indemnisation du chômage. Il ne s’agit pas de transférer au niveau européen l’intégralité des régimes nationaux, mais d’offrir aux sans-emploi un soutien communautaire qui se substituerait partiellement aux dispositifs existants. Plusieurs schémas sont envisageables. L’un d’eux serait de transférer l’indemnisation du chômage de moyenne durée (par exemple entre 6 mois et 1 an), qui est le plus directement lié aux fluctuations de l’activité. Un autre système serait d’organiser des transferts en fonction de l’écart du taux de chômage par rapport à une moyenne sur plusieurs années. Un pays dont le taux de chômage est temporairement faible contribuerait au système communautaire, tandis qu’il recevrait un transfert si son chômage est temporairement élevé. Cela lui éviterait d’avoir à augmenter les impôts pour indemniser les chômeurs supplémentaires. Dans les deux cas, l’idée n’est pas de tendre notre sébile à nos partenaires les plus performants en termes d’emploi, mais d’alléger la charge des budgets nationaux face aux aléas économiques, tout en conservant la responsabilité entière du chômage structurel. Evidemment, un tel projet ne peut se concevoir sans une harmonisation minimale des marchés du travail dans la zone euro. Ne serait-ce pas une manière de donner enfin un contenu au concept flou d’Europe sociale ? La France va devoir abattre ses cartes dans ce domaine. Compte tenu de nos piètres résultats en matière d’emploi, notre modèle ne fait pas envie. Ce serait plutôt une belle occasion de le revoir en profondeur. Par exemple, en mettant en place une véritable flexi-sécurité, contre l’accès à une solidarité européenne en matière de chômage.

De nombreux commentateurs raillent ce type de projet comme non pertinent pour résoudre la crise actuelle. Je ne suis pas de cet avis. Certes, la mise en place d’un pilier européen de l’assurance chômage ne résoudra pas les problèmes de surendettement qui étouffent la croissance. Mais les Européens, qui souffrent durement dans cette crise, ont besoin de projets qui leur parlent. Le grand sujet européen aujourd’hui, c’est l’union bancaire. Un projet décisif, mais peu lisible pour les citoyens. Autre argument : la mise en place d’un mécanisme d’indemnisation du chômage, même modeste, prendra nécessairement du temps. Donc, autant s’y mettre tout de suite. Enfin, ce système de donnant-donnant entre réforme et solidarité me semble plus porteur que les propositions en cours de discussion visant à co-financer des réformes pays par pays, au cas par cas, sans dessein européen.

De nombreux Etats membres comptent sur la France pour proposer des alternatives crédibles aux projets d’inspiration allemande dont les maîtres mots sont discipline et réforme. Mais toute proposition française doit être germano-compatible. Nous avons ici une belle fenêtre d’opportunité pour avancer vers plus de solidarité tout en acceptant de nous réformer, à un moment où l’Allemagne nous tend la main en prévoyant de mettre en place un salaire minimum. Face à une crise de cette ampleur, il faut accepter de se remettre en cause, sans renoncer à nos valeurs. Pourquoi serait-ce impossible ?

Chronique diffusée sur France culture le 21 novembre 2013


 

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