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Télécoms en Europe : solides à défaut de consolidés ?

05ef14bba50c53e887b6f344d605a850-627x360Le récent échec du mariage entre Orange et Bouygues Telecom a secoué les quatre opérateurs téléphoniques à la bourse de Paris et les incertitudes demeurent. Patrice Geoffron replace ces mouvements dans la perspective de la concentration du secteur en Europe.

L’échec des négociations entre opérateurs télécoms en France, en vue de la répartition des actifs de Bouygues Télécom entre Orange, SFR et Free, illustre dans le périmètre hexagonal la recherche hésitante de structures de marché pérennes en Europe. Comparativement, les télécommunications aux Etats-Unis en Chine sont consolidées autour de quelques grands groupes, alors que l’Europe comporte des dizaines d’opérateurs, certains n’ayant en portefeuille que quelques millions de clients (voire de petites centaines de milliers).

De nombreuses opérations de concentration ont été initiées ces dernières années ou sont encore en cours (au-delà du cas français, Autriche, Allemagne, Espagne, Irlande, Italie, Royaume-Uni…), cela sous l’œil très vigilant des autorités concurrentielles et des régulateurs.

Mais de tels mouvements, certes susceptibles d’avoir un impact sur les marchés nationaux, ne sauraient modifier rapidement la donne en conduisant à l’émergence de « champions européens » présents sur de multiples marchés (à la fois dans le mobile, mais également dans les autres services de télécommunications). Notamment parce que, dès lors que l’allocation de certaines ressources est une prérogative nationale (fréquences hertziennes en particulier), la fragmentation est une caractéristique structurelle. Il est utile de rappeler que son coût a été chiffré à près de 1% du PIB européen par la Commission.

Certes, rien n’autorise à affirmer que le passage de 4 à 3 autres opérateurs dans les principaux Etats membres suffirait à doter chacun d’entre eux d’une « taille critique » et d’une capacité à affronter les futurs cycles d’investissement. Mais, a contrario, il est manifeste que la très lente recomposition sectorielle en cours prépare mal à affronter une décennie 2020 s’annonçant comme très darwinienne : avec l’arrivée de la 5G (qui annonce l’Internet des objets, les voitures autonomes, la réalité augmentée et virtuelle…), les Software-Defined Networks (permettant notamment d’allouer de la capacité réseau en temps réel), l’e-banking et les transactions sur mobile, ainsi que la concurrence avec les GAFA (Google et consorts) pour le partage de la valeur ajoutée.

L’Europe manque d’un modus operandi pour permettre à son industrie des télécoms de faire face à ces nouveaux défis en s’émancipant d’un modèle dont « l’éparpillement » remonte aux temps bénis du GSM (c’est-à-dire tout de même au XXème siècle…). L’émergence de cette norme de « 2egénération » avait été saluée comme un grand œuvre, à l’égal d’Airbus, aboutissant au leadership européen dans le mobile, à une époque où une entreprise appelée Nokia triomphait également dans les terminaux. Mais cette période de magnificence est révolue, et qui en douterait est invité à jeter un coup d’œil du côté des équipementiers.

Cette fragmentation est un sujet de grande vigilance, car la compétitivité européenne dans les services de télécommunications, aux temps futurs de la 5G, aura des effets de bord sur des pans entiers de nos économies couvrant les transports, les maisons et les villes intelligentes, les services financiers, liste non exhaustive.

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