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Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Un Bretton Woods pour sauver l’Europe

Un bretton woodsPlus on rembourse la dette publique, plus elle s’accroît, l’horreur exemplaire étant la Grèce qui, en dépit de substantiels abandons de créances et aides européennes, a vu sa dette publique augmenter de 120 à 175 % depuis ses « plans de redressement » accompagnant une décroissance de 25 % et un chômage à 30 %. Et pendant ce temps, les partis populistes engrangent les électeurs; le ressentiment antieuropéen progresse. L’euro, orgueil de la construction européenne, est-il en train de muer en instrument de sa destruction ? N’est-il dès lors pas temps de rechercher autre chose ? Pendant un demi-siècle le franc se dévaluait tous les dix ans de 30 % par rapport au mark. Statu quo depuis l’euro : il y a besoin d’une opération vérité monétaire pour rétablir les rapports de compétitivité. Il ne faut pas voir la cause de l’anomalie de la stagnation européenne ailleurs que dans la rigidité qui emprisonne dans la même zone monétaire des économies dont la compétitivité n’est pas encore harmonisée. La convergence européenne est-elle si pressée que l’élixir de la convergence doive se transformer en poison ?

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les taux de change avaient perdu toute signification. Après les tentatives avortées de rétablir l’étalon-or démantelé par la Première, puis par les dévaluations conflictuelles de la Grande Dépression, il fallait reconstruire un système monétaire international coopératif. Ce fut Bretton Woods, autour d’un régime de parités fixes mais ajustables autour de la monnaie pivot seule capable de garantir la parité or : le dollar.

Hier encore sujet tabou – plus exactement non-sujet dès lors que l’ancienne monnaie nationale se trouvait intégrée irréversiblement (croyait-on) dans la monnaie unique -, le moment est venu où le spectre dévaluation remonte des oubliettes pour devenir un débat. Car le problème n’est pas la surévaluation de l’euro, mais les rapports de compétitivité entre les Etats membres.

La « dévaluation interne » est un pudique nom de code décrivant la baisse des dépenses publiques, des retraites, des services sociaux. Pourquoi le mot interdit devrait-il être interdit de débat ? Appauvrissement certes, mais il n’y a pas de miracle dès lors qu’il y a une dette à rembourser, qu’il faut purger vite, sauf à condamner la « génération dette » à quinze ans de stagnation à la japonaise. Et ce ne sont pas les mêmes qui paient, ni le même cercle vicieux. A beaucoup d’égards la situation évoque les dernières années de la IVe République, alors que les gouvernants étaient tétanisés par la mémoire des dévaluations chroniques de l’après-guerre. Le plan de 1958, orgueil du gaullisme, débute par une dévaluation de 35 % accompagnée d’un plan de stabilisation et de réformes de structures, complément indispensable d’une dévaluation réussie.

Après le diagnostic, le mode d’emploi. Comment passer de la monnaie unique à la monnaie commune, l’« euro exchange standard », construit sur des parités fixes mais ajustables : un retour au SME, ou serpent, autour d’un pivot, qui ne s’appelle plus le mark mais l’euromark ? Il n’est guère réaliste d’imaginer un scénario de consensus multilatéral pour voter le nouvel euro, ni à Bruxelles ni à Francfort. Le point de départ ne peut être qu’un acte unilatéral à la De Gaulle, à l’occasion d’un tournant politique de grande ampleur. Il suffit, pour enclencher la réforme, qu’un seul Etat membre décide de revenir à sa monnaie nationale, qui deviendra au jour J instrument de paiement de force légale sur son territoire.

Un marché s’établit immédiatement, qui va engendrer un cours de change. Des mesures temporaires pareront aux paniques monétaires. Les expériences de dislocation des monnaies uniques sont nombreuses : la monnaie commune austro-hongroise, plus près de nous celle de l’URSS ou de la Tchécoslovaquie.

Après l’acte unilatéral, l’Europe réunira une conférence monétaire pour établir le nouveau système multilatéral : la BCE et le Mécanisme européen de stabilité comme « Fonds monétaire européen » – de même que Bretton Woods engendra le FMI; la détermination des parités, après que le marché les aura ajustées; le dispositif de solidarité dans les interventions des banques centrales; la clause de retour à l’euro sous des jours meilleurs. Chacun choisira. L’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche resteront dans l’euro maintenu. La Grèce choisira l’eurodrachme, dévaluée de 50 %. D’autres – dont la France – affronteront un cruel dilemme : s’il est instauré, l’euro-franc devrait se dévaluer de 20 % mais donner un ballon d’oxygène bienvenu aux réformes, pourvu que la politique de stabilisation soit poursuivie.

Faire détester l’euro débouche sur le populisme, la fin de l’euro, le rejet de l’Europe. Il faut désanctuariser l’opération vérité monétaire pour ne pas en laisser le monopole aux antieuropéens.

 

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