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Un krach boursier est-il imminent ?

Faut-il craindre un krach boursier imminent ? Pour Bertand Jacquillat, il y aura toujours des prophètes de malheurs, mais la situation n’est pas aussi inquiétante que l’on pourrait le croire.

Les craintes que survienne un krach boursier se font de plus en plus insistantes. On le sait depuis aussi longtemps que l’information existe, les médias parlent rarement des trains qui arrivent à l’heure, mais sont friands d’informer sur les dangers qui menacent. Et depuis des années les commentateurs spécialisés ne cessent d’annoncer la fin du cycle haussier des actions, il est vrai le plus long de l’histoire si l’on met entre parenthèses la cassure provoquée par la pandémie du corona virus.

Un inventaire des risques discutable

Ces prophètes de malheur dressent un inventaire à la Prévert de tous les risques qui nous entourent, et Dieu sait s’ils sont nombreux : les prix des actions sont beaucoup trop élevés ; la hausse des prix énergétiques et des denrées alimentaires va provoquer une nouvelle crise économique mondiale ; l’inflation, qui a pointé le bout de son nez en milieu d’année 2021, s’est accentuée en début d’année 2022, contrairement aux allégations de l’époque des banquiers centraux.

La prime de risque, au dessus de sa moyenne historique

Après la baisse significative des principaux marchés boursiers depuis le 1er janvier, il convient d’appréhender les niveaux de valorisation des marchés d’actions de manière sereine, et pour ce faire de mettre en rapport le taux de rentabilité escompté sur les actions avec le taux du placement alternatif naturel, celui des obligations du trésor à 10 ans. L’écart entre ces deux taux, la prime de risque de marché, historiquement de l’ordre 5%, s’est accru progressivement pour atteindre une moyenne de l’ordre de 7% depuis le début de la décennie. Faible, il incite à se détourner du marché des actions. En effet, à quoi bon prendre des risques pour un surcroît de rémunération des actions très réduit par rapport à un placement sans risque. C’était notoirement le cas à l’été 2007 à la veille de la crise des subprimes. A l’inverse, fin mars 2020, au début du déclenchement de la pandémie aux effets potentiellement redoutables, la prime de risque avait dépassé 11%, provoquant la forte hausse qui a suivi des actions.

Aujourd’hui, et malgré les craintes et les risques que nous venons d’évoquer, la prime de risque de marché se situe au-dessus sa moyenne historique récente, et largement au-dessus de sa moyenne longue, ne donnant assurément pas l’indication péremptoire d’une surévaluation des actions. Au-delà de ces observations conjoncturelles, il convient de prendre un peu de recul et considérer le temps long. Avec la hausse des actions depuis la fin des années 1980, sur les principaux marchés du monde, le ratio des capitalisations boursières aux PIB respectifs de ces pays est passé de 0,2 à 1 environ. Malgré les corrections boursières des années 2000 et 2008-2010, ce ratio est trois fois supérieur à ce qu’il était pendant la plus grande partie du 20ième siècle.

Un krach est peu probable

Cette évolution est la traduction patrimoniale d’un certain nombre de phénomènes disruptifs favorables aux actions, et qui ne sont pas près de disparaître : la destruction créatrice provoquée par les innovations technologiques qui entretiennent la croissance, la démographie vieillissante et une répartition inégalitaire des revenus et des patrimoines qui tirent les taux d’intérêt et les taux d’inflation vers le bas. Un krach des marchés d’actions ne devrait pas franchir l’agora des médias. Il y aura toujours des prophètes de malheur. Et plus ils crient fort, plus il convient de garder son sang-froid.

 


 

Bertrand Jacquillat, vice-président du Cercle des économistes et Senior Advisor chez Tiepolo

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