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Un remake du scenario Tequila ?

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Pendant ce bel été s’est noué un psychodrame qui peut nous faire craindre un remake du scenario Tequila de 1994, lorsque le relèvement des taux d’intérêt américains avait déclenché la crise mexicaine.

Début juillet, le Fonds monétaire international a révisé à la baisse ses prévisions de croissance pour 2013 et 2014. Fait nouveau, la révision a porté principalement sur les économies émergentes : Chine, Brésil, Russie, Inde, Afrique du sud. Par contraste, les nouvelles de l’économie américaine cet été ont été plutôt bonnes, avec une production en hausse et un chômage en baisse.

Ce cocktail estival a sonné la fin de la récréation pour les marchés financiers. Si l’Oncle Sam va mieux, alors son médecin va alléger son traitement. Son médecin, c’est la Réserve fédérale américaine – la Fed. Son traitement, c’est la politique extraordinairement accommodante menée depuis le début de la crise, qui consiste à inonder les marchés de crédit pas cher, dans l’espoir de faire redémarrer consommation et investissement. Quel rapport avec les marchés mondiaux ? Eh bien avec des taux d’intérêt très bas aux Etats-Unis, la tentation était forte d’emprunter en dollars pour investir dans les pays émergents où les rendements, portés par la croissance, sont plus élevés. Ainsi la politique de la Fed a-t-elle poussé les investisseurs vers les économies émergentes. Ces dernières ont d’ailleurs protesté à de multiples reprises, l’afflux de financements gonflant des bulles spéculatives et provoquant l’appréciation de leurs monnaies. Or, pendant l’été, la révision à la baisse de la croissance dans les émergents et la perspective d’une normalisation de la politique monétaire américaine ont déclenché le reflux des capitaux. Résultat : chute des bourses et des monnaies. La roupie indienne a ainsi perdu 30% de sa valeur.

Fin août, lors de la grand-messe de rentrée des banquiers centraux, à Jackson Hole dans le Wyoming, la directrice générale du FMI Christine Lagarde a, sans la nommer, exhorté la Fed à prendre en compte l’impact de sa politique sur les marchés mondiaux. Le sujet sera au centre des discussions aujourd’hui et demain, à Saint Petersbourg, où le G20 se réunit. Chacun mettra la pression sur le président de la Fed, Ben Bernanke, qui doit tenir un conseil de politique monétaire mi-septembre. Mais franchement, voyez-vous la Fed infléchir sa politique parce que la bourse de Bombay est dans le rouge ? Depuis des années, le G7, puis le G20, ont tenté de coordonner les politiques monétaires à travers le monde ; en vain (en G-vain). Faut-il pour autant baisser les bras ? Surtout pas. Dans une communication remarquée à Jackson Hole, l’économiste Hélène Rey, de la London Business School, montre que, dans un monde dominé par la politique monétaire américaine, chaque pays doit limiter les flux et reflux de capitaux, et les risques de bulles qui y sont associés, par un encadrement strict de ses banques. Or les banques forment un lobby puissant et aucun gouvernement n’a spontanément envie de les brider. Le vrai job du G20 est donc de coordonner non pas les politiques monétaires, mais la régulation des banques et des marchés. C’est ce qu’il fait à petit pas, mais il y a encore du travail.

Chronique diffusée sur France culture le 5 septembre 2013

 

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