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Une réforme des retraites contre les marchés ?

La réforme des retraites est en cours. Charge au Haut-commissaire à la réforme, Jean-Paul Delevoye, de mener à bien ce dossier. Hippolyte d’Albis explique l’importance des options qui seront choisies pour définir les nouveaux équilibres, sans oublier l’essentiel à ses yeux : la soutenabilité du système.

Le Gouvernement déploie une énergie considérable pour préparer l’opinion publique à la réforme des retraites, promesse de campagne du candidat devenu président. Les annonces sont faites progressivement et sont accompagnées d’une communication pédagogique qui se matérialise notamment par de multiples rencontres citoyennes qui font voyager le haut-commissaire en charge du dossier aux quatre coins du pays. L’effort est louable et il révèle que le risque politique associé à la réforme est pris au sérieux. En comparaison, l’opinion des marchés quant à l’opportunité de la réforme semble prise plus à la légère. C’est un peu comme si les marchés allaient naturellement saluer l’initiative, et que, étant donné l’enjeu, toute réforme était bonne à prendre.

Tel qu’il est actuellement présenté, le projet consiste essentiellement en une fusion des très nombreux régimes professionnels et en une unification de la règle de détermination de la pension de retraite via un système par points. C’est un véritable tsunami institutionnel qui réaliserait, de fait, ce qui aurait dû être entrepris au sortir de la seconde guerre mondiale lorsqu’a été décidée l’extension à tous les salariés de la couverture du risque vieillesse. Si elle réussit, cette réforme historique sera indubitablement à mettre au palmarès de ses porteurs.

Cependant, la présentation de la réforme n’aborde d’aucune manière la question cruciale de la soutenabilité du système. D’ici 10 ans, la part des personnes de 65 ans et plus dans la population française aura augmenté de près de 17% et les marges de manœuvres financières sont ténues. L’accroissement des cotisations est en effet perçu comme défavorable à l’emploi tandis que la baisse des pensions engendre la colère des séniors. Il ne reste donc que l’allongement de la durée de cotisation, qui se justifie naturellement par la hausse de l’espérance de vie, mais qui est politiquement difficile à manier.

La seule question est donc de savoir si le Gouvernement pourra mener de front deux réformes des retraites, celle de l’unification des régimes et celle de l’allongement de la durée de cotisation, ou si la première prendra le pas sur la seconde. En annonçant d’emblée que les cinq prochaines cohortes devant partir à la retraite ne seraient pas concernées par la réforme, l’exécutif semble révéler une préférence pour cette dernière option. C’est risqué.

Plus fondamentalement, l’unification des règles de calcul va engendrer de profonds bouleversements : appelé à conserver constante sa « générosité », le système conduira naturellement à créer des gagnants et des perdants, chaque cotisant se demandant légitimement de quel côté il est tombé. La simplification ne sera pas si profitable car, outre les nombreuses exceptions (en fonction du nombre d’enfants, de la pénibilité, etc.), s’ajoutera l’inquiétude réelle quant à la valeur future des points accumulés. Au final, il serait fâcheux que les épargnants ressentent une plus forte incertitude quant à leur future retraite car cela pourrait les conduire à orienter leur épargne vers des produits soit peu risqués soit psychologiquement rassurants tels que l’immobilier. Pas sûr que la bourse ne tire son épingle du jeu.

Il faut saluer un Gouvernement qui met en œuvre une réforme qui avait été soumise au jugement des français lors de la campagne présidentielle. Mais se focaliser sur l’équité au sein des générations ne doit pas conduire à faire l’impasse sur l’essentiel : la soutenabilité du système des retraites.

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