Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Une stratégie pour l’épargne française

Le débat sur l’épargne est vif, très ancien et surtout il prête à confusion. Il y a deux sujets qui n’ont que peu à voir l’un avec l’autre. Le premier est le plus médiatisé : comment inciter les Français à consommer l’épargne qu’ils ont accumulée depuis un an ? Là-dessus, les points de vue sont nombreux, souvent peu conscients du fait qu’une grande partie de cette épargne est une épargne de précaution dans un pays où la crainte du chômage s’est évidemment largement ravivée dans les derniers mois. Et puis toujours sur cette épargne excédentaire, il y a ceux qui, arguant du fait qu’elle a été constituée par 25 % des revenus les plus élevés, doit être taxée. C’est évidemment confondre reprise et fiscalité. Et il y a la dernière idée en date, celle d’une défiscalisation de cette épargne pour peu qu’elle soit transmise aux jeunes générations. Tout cela est intéressant mais peu adapté au fait qu’il s’agit d’un problème de court terme.

Fonds de pension

Par ailleurs, n’oublions jamais que 19 % de la consommation globale est importée. Et lorsque l’on passe au niveau des biens manufacturés, le niveau d’importation atteint le chiffre incroyable de 67 %. Donc le rebond de la consommation, si l’on souhaite en faire un, doit favoriser tout ce qui correspond à de l’emploi local. Bien entendu, tout cela ne se fait pas de manière simple, et bien évidemment, pour les revenus les plus faibles ou les plus fragiles, on ne peut que souhaiter un accroissement de leur niveau de consommation, importée ou pas.

Le second sujet c’est celui d’une très ancienne ambition, celle du fléchage de l’épargne vers les activités économiques du pays. Ce débat va bien au-delà du rééquilibrage de l’utilisation de cette épargne entre actions et obligations souveraines. Il s’agit d’abord de pallier l’absence de fonds propres, majeure dans notre pays notamment pour les petites et moyennes entreprises. Cela fait des années que l’on pose en réalité la question de ce qui, dans les autres pays, s’appelle les fonds de pension. C’est-à-dire la mise à disposition de l’épargne sur le long terme.

Aversion au risque

Or il y a un énorme problème qui ne concerne pas que la France, c’est celui du vieillissement. D’un côté une épargne abondante, bien au-delà de la période actuelle. De l’autre des besoins d’investissements en infrastructures en recherche et en capacité de production très important. Mais malheureusement l’épargne est très largement entre les mains des plus de 60 ans qui ont une aversion forte au risque, or tout investissement comporte évidemment un risque significatif. Aucune réforme fiscale, aucune incitation ne permettra de changer fondamentalement cette donne.

Alors un peu partout s’impose un mot, celui de garantie. On le retrouve dans les projets du gouvernement avec la transformation de dettes en quasi-fonds propres pour les PME. On la retrouve sous la plume de Michel Didier et Michel Cicurel lorsqu’ils évoquent une garantie sur les revenus de l’épargne. Qui peut donner cette garantie à part l’État ? Il faut donc que dans la décennie qui vienne, la puissance publique, c’est-à-dire la collectivité, garantisse tout ou partie, sous une forme ou sous une autre, de la prise de risque des épargnants qui investissent dans l’économie. Lourde tâche qui consiste à définir une vraie stratégie pour l’épargne des Français et non pas proposer tous les deux ans une nouvelle mesurette. Il ne faut pas se tromper sur l’ampleur des mouvements, sûrement entre 5 et 10 points de PIB supplémentaire.

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