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Vauban : Une œuvre fiscale durable et forte

Sébastien Le Prestre, marquis de Vauban, préfigure le siècle des Lumières. Ingénieur, urbaniste, architecte militaire, Vauban s’est efforcé de traiter les problèmes concrets de son temps. De l’analyse du budget d’une famille paysanne à sa proposition d’impôt sur le revenu sans exemption, ce précurseur des Encyclopédistes cherche des solutions novatrices pour améliorer la vie au quotidien et assurer la prospérité du royaume. Il apparaît ainsi comme un réformateur radical à contre-courant des idées reçues.

 

Jean-Michel Charpin, lui-même inspecteur des finances et membre du Cercle des économistes, revient sur les idées de cet auteur :

Inclus dans un document de géographie démographique et économique rédigé en 1696, le texte regroupant les articles IX à XIV annonce le considérable « projet d’une dîme royale » qui sera lu au Roi en 1700 et publié clandestinement en 1707, quelques semaines avant la mort de Vauban.

Sa modernité est éclatante. Elle résulte à la fois de l’actualité des problèmes traités et de la pertinence des analyses.

Notre système fiscal reste encombré de dispositifs dérogatoires, d’exemptions inefficaces, de taux réduits obtenus par des groupes d’intérêt, de niches ruineuses opérant aux seuls bénéfices d’intérêts particuliers et de contribuables fortunés, de défiscalisations scandaleuses. Pire, la situation continue de se dégrader. La fiscalité, c’est le concours Lépine permanent. Même en période de chasse officielle aux niches fiscales, il continue de s’en créer de nouvelles.

Vauban a compris que les règles, en matière fiscale comme dans les autres domaines, doivent s’appliquer à tous. Leur généralité et leur uniformité permettent de supprimer à la fois les privilèges, les abus et les arrangements douteux. En prônant la simplicité et la stabilité de l’impôt, il vise le recul des fraudes et de la corruption, et il espère faciliter l’acceptation de l’impôt par les contribuables.  Il a compris aussi que les coûts de recouvrement en seraient diminués.

Au passage, Vauban préconise la réduction de la dette publique, met en exergue les bénéfices des échanges, y compris avec les autres pays, cherche à favoriser la croissance démographique et économique, et va jusqu’à proposer l’expérimentation comme méthode de modernisation.

Plus profondément, nos dispositifs fiscaux réduisent de plus en plus l’efficacité économique et contribuent de moins en moins à la justice sociale. Certes, la TVA et la CSG ont constitué de grandes avancées dont il faut se féliciter et qu’il faut préserver, et il fut un temps où l’impôt sur le revenu avait un effet redistributif important. Mais aujourd’hui beaucoup d’impôts créent des distorsions et des effets pervers, nuisibles à la croissance économique, et les hautes rémunérations s’envolent, à l’abri d’une fiscalité indulgente, voire complice.

Les théories de la taxation optimale s’inspireront d’ailleurs souvent des réflexions et préconisations de Vauban, de même que les initiatives et propositions des meilleurs fiscalistes.

Ingénieur et économiste, bâtisseur et intellectuel, précurseur de la comptabilité nationale, Vauban a laissé une œuvre fiscale aussi remarquable et durable que ses places fortes.

Sa pensée et son action, attentives à la peine des hommes et à la souffrance du peuple, au service constant de l’État royal, quelquefois dans l’amertume, traduisent une recherche ambitieuse du bien public. Puissent-elles inspirer dans l’année qui vient les propositions du débat politique !

 

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