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Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Coronavirus : pourquoi personne n’a rien vu venir

Le 4 novembre 2008, peu après le déclenchement de la première crise financière du XXIème siècle, la reine d’Angleterre rencontrait les économistes de la London School of Economics. Lors de cet évènement historique – la dernière visite royale remontant à 1920­ – celle qui venait de perdre 25 millions de livres dans la tempête demanda d’un air faussement candide et franchement agacé pourquoi, parmi tous ces brillants esprits, « personne n’avait rien vu venir ». Contrairement à la plupart des interventions de la reine, qui reconnaissons-le, ont peu de postérité, cette question fit le tour du monde et son à-propos agita, pendant plusieurs années, les économistes et ceux qui les critiquent.

Le drame avec la crise sanitaire qui nous affecte aujourd’hui est que l’on serait bien en peine de savoir à qui adresser la question posée autrefois par la reine aux économistes. Les critiques pleuvent, bien sûr, mais les cibles sont toujours faciles et pas vraiment pertinentes. Les « politiques » prennent évidemment leur part, mais il n’est pas crédible de penser que MM. Macron et Philippe ai eu le temps de s’inquiéter de l’état du stock de masques ou de respirateurs avant la crise. L’OMS ensuite parce que cela ne mange pas de pain de critiquer une organisation internationale. La Chine, enfin, parce que tout est toujours de sa faute.

Mais où étaient les experts français en santé publique et en épidémiologie ? Leur absence des cercles de décision est devenue aveuglante lorsque l’on décida de créer ex nihilo un « Conseil scientifique » le 11 mars, soit 71 jours après que l’épidémie soit officiellement signalée… Ce conseil porte utilement la voix de la science au débat, en fondant ses avis sur des articles publiés dans des revues académiques. Mais, comme tout comité d’expertise placé auprès du pouvoir politique, il fait face à une demande d’avis univoques. Mais les scientifiques sont bien plus sujets au doute que ceux qui habituellement hantent les allées du pouvoir et, surtout, ne disposent que de peu d’études pertinentes.

Il y a certes eu quelques rares évaluations du nombre de décès que l’on aurait déploré si l’on avait rien fait, et par différence, du nombre de vies sauvées par les mesures de confinement. Mais les questions restent nombreuses : le confinement est-il réellement plus efficace sur le moyen terme que les stratégies de distanciation volontaire à la suédoise ? La restriction de la mobilité entre les régions est-elle réellement utile ? Il serait peut-être opportun de chiffrer aussi le coût des différentes options, car à trop dépenser aujourd’hui on risque d’avoir du mal à bien soigner demain. Mais tout ceci ne doit pas se faire dans l’urgence : la recherche demande du temps et le risque est grand que la frénésie actuelle accouche d’une science bâclée.

Sans réel appuis scientifique, la plupart des décisions sanitaires ont été prises à l’aide de deux boussoles. La première est l’Italie, dont nous suivons les décisions avec une semaine de décalage ; la seconde est la gestion optimale des places en réanimation. Sans étude d’impact, il sera difficile de savoir si notre réponse à la crise fut la meilleure mais le plus important est de tirer les leçons de cette période et de préparer la prochaine crise sanitaire. Il faut réfléchir à constituer des équipes scientifiques auprès des lieux de pouvoir à l’instar de ces économistes qui dans les Banques centrales et les ministères font le pont entre la recherche et les lieux de décision. La prochaine fois, on saura ainsi à qui adresser nos éventuels reproches.

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