Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

Y aura-t-il un débat économique pour l’élection présidentielle ?

Selon toute vraisemblance, la réponse est malheureusement négative. Évidemment, chacun distribuera des milliards, formulera son souhait de voir la dette diminuer, évoquera la réindustrialisation. Mais ceci ne signifie en aucun cas que l’on échangera des arguments sur la stratégie souhaitable, que l’on analysera la situation conjoncturelle française. Cela pour 3 raisons.

Une incertitude inédite

La première est que jamais nous ne fumes ainsi plongés dans un tel degré d’incertitude. Nous ne savons absolument pas quel sera l’impact économique de cette crise sanitaire, tout simplement car on ignore son évolution. Mais, également, on n’a pas de vision précise de cet immense défi que nos sociétés vont avoir à affronter. Ce défi, c’est la mise en œuvre d’une décarbonation la plus rapide de nos économies. En effet, ceci impliquera des dizaines de milliards d’euros d’investissement, des prélèvements inévitables sur les revenus et donc sur la répartition de ceux-ci. On peut donc sans nul doute imaginer que ces problèmes de pouvoir d’achat, notamment ceux des revenus les plus faibles, seront centraux dans une trajectoire ambitieuse de lutte contre le réchauffement climatique.

Comment sortir du « quoi qu’il en coûte » ?

La seconde raison est un simple constat. Chacun de nos candidats se trouve contraint d’évoquer en priorité les thèmes de prédilection des courants extrêmes : sécurité, immigration et régulation sanitaire.

Enfin et c’est là le point plus important, il faudra faire évoluer nos politiques économique du « quoi qu’il en coute » vers des formes de rigueur budgétaire. Bien entendu, cela sera nécessaire mais personne ne peut à l’heure actuelle définir le bon momentum. Or, le seul vrai risque qui existe aujourd’hui est celui de l’erreur de politique économique ! Inutile de dire donc que chacun sera prudent sur ce sujet-là. Et pourtant il est absolument nécessaire qu’un débat économique approfondi ait lieu. Tout simplement parce que nous souhaitons tous que la France rebondisse de manière plus forte qu’elle n’était avant la crise de la Covid. Or, nous sommes loin du compte, les sujets ne manquent pas.

« C’est toute une logique de progrès qu’il faut amorcer »

Faut-il relocaliser les activités ou investir massivement dans des secteurs en train d’émerger ? Comment redonner le goût à notre pays de la production et du savoir-faire ? Comment qualifier une jeunesse largement sacrifiée ? Quels canaux de financement trouver pour permettre à l’épargne de s’investir dans l’économie réelle ? C’est cette exigence que le Cercle des économistes a exprimé la semaine dernière en insistant sur le fait qu’il est du devoir de nos candidats de prendre le risque de s’exprimer sur un sujet certes délicat, mais majeur pour l’élection présidentielle. Tout simplement parce que c’est notre stratégie économique, articulée évidemment avec une stratégie européenne, qui permettra de définir le choix de ce que doivent être les cinq années à venir.

On le sait, la liste est longue des thèmes à aborder. Mais, bien évidemment, on se doit de prioriser les interrogations sur la situation de la jeunesse, de son accès au logement, de la resocialisation d’un million et demi de NEETs c’est à dire qui aujourd’hui ne sont ni en formation ni en recherche d’emploi. Rappelons simplement que nous sommes malheureusement leaders en Europe sur le poids que représentent dans les 15-29 ans ces jeunes à l’abandon. En conclusion c’est toute une logique de progrès qu’il faut donc amorcer en pensant à la finalité de ces débats qui est de rechercher inlassablement le bien-être de toutes et de tous.

 


 

Jean-Hervé Lorenzi est président des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence

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