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Comment la zone euro finance le monde

imagesIl y a dix ans maintenant, les déséquilibres financiers internationaux atteignaient leur point culminant. Jamais jusque-là, les transferts internationaux d’épargne n’avaient eu une telle intensité. A lui seul, le déficit de la balance courante américaine représentait 1,5 % du PIB mondial : leur épargne ne suffisant pas à financer leur investissement, les Etats-Unis ne cessaient d’emprunter toujours plus au reste du monde. Jamais jusqu’alors leurs emprunts n’avaient été financés par une épargne dégagée entièrement par les régions émergentes. A l’excédent courant des producteurs de pétrole du Golfe, dopé par l’explosion du prix de l’or noir pendant les années 2000, était venu s’ajouter celui, plus inattendu, de la Chine : croissant à une vitesse exceptionnelle. Si l’on ajoute au tableau la disparition, rendue possible par une hausse spectaculaire du prix des matières premières, du déficit courant des pays d’Amérique latine, le constat est clair : pendant toute la première partie de la dernière décennie, l’épargne des régions émergentes a contribué à financer l’investissement des régions développées, celui des Etats-Unis en particulier.

Dix ans et une sérieuse crise financière plus tard, que sont devenus les déséquilibres financiers internationaux ? Leur intensité s’est quelque peu réduite et leur géographie pourrait sembler plus conforme, sinon à la morale du moins à la logique économique : l’épargne des pays émergents ne sert maintenant plus à financer l’investissement des régions développées ! Ce que ces déséquilibres nous disent sur l’évolution de l’économie mondiale est loin pourtant d’être totalement rassurant. Certes, du côté de la Chine comme des Etats-Unis, les déséquilibres se sont atténués : le taux d’épargne chinois a un peu baissé tandis que celui des Etats-Unis est un peu monté. Les deux économies n’en ont pas moins toujours l’une, un excédent, l’autre un déficit courant de plusieurs centaines de milliards de dollars. Le changement le plus profond est toutefois ailleurs. Si, prises toutes ensemble, les régions émergentes n’ont pratiquement plus d’excédent, c’est à la baisse du prix des matières premières qu’on le doit. Le revenu et donc aussi l’épargne des producteurs de matières premières, de l’Amérique latine notamment, mais aussi depuis l’an dernier des pays pétroliers, s’en sont trouvés amoindris au point que leurs balances courantes sont aujourd’hui fortement déficitaires : réunis, ces déficits compensent à peu près l’excédent chinois. Pour comprendre où l’économie mondiale trouve l’épargne nécessaire au financement des déficits qui subsistent dans les régions développées, aux Etats-Unis en particulier, il faut se tourner vers une région qui jusqu’ici n’a pas été évoquée : la zone euro.

Jusqu’à la fin des années 2000 en effet, son solde courant était resté voisin de l’équilibre. Depuis plusieurs années, les choses ont changé. L’austérité budgétaire, menée à contretemps, a cassé la reprise de l’investissement des entreprises qui s’était, ici comme ailleurs, engagée au lendemain de la crise financière. A cette stagnation de l’investissement productif est venue s’ajouter une baisse de l’investissement résidentiel comme de l’investissement public, si bien qu’au total la zone euro est la seule grande région de l’économie mondiale qui investit une part toujours plus faible de son revenu : son investissement net – celui qui contribue à la croissance du stock de capital – est aujourd’hui pratiquement nul. Dans la mesure où, comme aux Etats-Unis, notre taux d’épargne, lui, est remonté, une part toujours plus grande de notre épargne sert à financer… l’investissement du reste du monde.

Ceci laisse craindre que, faute d’avoir suffisamment investi, la zone euro perde demain pied dans la concurrence mondiale.

 

 

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