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Adapter notre économie à la révolution digitale

revolution digitaleLe progrès technologique que nous connaissons depuis une dizaine d’années est d’une ampleur considérable. Depuis l’introduction en 2007 des smartphones, les relations avec nos proches, mais aussi nos relations de travail et nos habitudes de consommation, ont été bouleversées. Cette révolution numérique améliore nos niveaux de vie. Mais elle fait craindre aussi la montée des inégalités et la persistance d’un chômage que Keynes qualifiait de « technologique », car elle induit de massives ré-allocations d’emploi et bénéficie davantage aux plus qualifiés. Pourtant cette révolution, pas plus que l’introduction de la machine à vapeur ou l’arrivée de l’électricité, ne signera la fin du travail. Les études empiriques réfutent tout lien systématique entre progrès technique et chômage. Pour réduire au maximum le coût de la transition vers cette nouvelle économie, il faut cependant poursuivre les réformes dans trois domaines prioritaires.

En premier lieu, il faut plus que jamais libérer la capacité d’entreprendre dans les secteurs porteurs de nouveaux emplois. Cette liberté est aujourd’hui entravée en France par de nombreuses barrières à l’entrée. Les innovateurs sont souvent des outsiders qui, par leur arrivée, bousculent les concurrents. Le stage préalable exigé pour les autoentrepreneurs est un exemple. Ces barrières ne protègent pas les consommateurs mais les rentes d’entreprises qui n’innovent pas suffisamment et les exigent au détriment de l’intérêt général. Il faut les lever sans tarder.

Cette liberté d’entreprendre va aussi de paire avec une plus grande flexibilité de l’emploi. Il existe de nombreuses études empiriques qui démontrent que des règles de restructuration et licenciement économique trop coûteuses freinent la diffusion du progrès technique et pèsent sur l’emploi. Le Code du travail français est particulièrement obscur dans ce domaine et laisse une marge d’appréciation très large aux tribunaux. Cette situation crée beaucoup d’incertitude. L’encadrement à venir des indemnités de licenciement ne réglera pas complètement ce problème.

En second lieu, il faut mieux sécuriser les trajectoires professionnelles. Un premier volet de cette sécurisation concerne les nouveaux entrepreneurs. Grâce à la circulation ultrarapide de l’information et au partage de l’expérience client, il est aujourd’hui plus facile de s’installer comme travailleur indépendant, de trouver ses propres clients et d’établir sa réputation sans avoir besoin du label d’une entreprise. Cette prise de risque doit être encouragée. L’assurance-chômage devrait s’ouvrir à ces nouveaux indépendants. Leurs systèmes de retraite et de santé devraient être comparables à ceux des salariés. Un second volet concerne les salariés. La révolution numérique tend à accélérer la « polarisation des emplois ». La proportion des emplois les plus qualifiés, mais aussi celle des moins qualifiés augmentent, tandis que celle des métiers intermédiaires diminue. Cela risque d’accroître les inégalités car, grâce aux nouvelles technologies, les plus qualifiés voient leurs salaires croître plus vite que les autres salariés. Pour combattre ce phénomène, il faut s’appuyer sur des politiques de redistribution efficaces comme la nouvelle prime d’activité. Ce complément de revenu doit permettre de mieux partager les nouvelles richesses sans toutefois peser sur le coût du travail.

En troisième lieu, il faut former les salariés et les chômeurs aux nouveaux besoins. Les emplois de service, dont la demande augmente avec la hausse du niveau de vie, exigent souvent des compétences, notamment sociales, très différentes de celles demandées dans l’industrie. Les nouvelles usines sont des concentrés de technologie où il faut savoir piloter et programmer des robots aux tâches de plus en plus complexes. Notre système de formation professionnelle est mal équipé pour faire face à ces besoins, car il est mal ciblé et trop peu transparent. Les demandeurs d’emploi et les salariés peu qualifiés devraient en bénéficier en priorité. C’est l’inverse qui se produit. Les formations devraient être scrupuleusement certifiées et évaluées de manière indépendante. Ce n’est pas le cas. A l’heure de la révolution numérique, il serait pourtant facile de partager l’information sur la qualité et les débouchés offerts aux stagiaires.

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