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La France n’est pas encore sortie d’affaire

Profiter de la reprise. Si la reprise en Europe lui offre la possibilité de se réformer en profondeur, la France « n’est pas encore sortie d’affaire », estime Benoît Coeuré. « Le retour de la croissance européenne offre à la France une occasion unique de déployer un ensemble cohérent de réformes pour corriger ses faiblesses comme le chômage persistant, la formation insuffisante, le déficit des finances publiques et du commerce extérieur », déclarait récemment le membre du directoire de la BCE dans le Journal du Dimanche. Pour aller plus loin dans l’analyse, à la question de savoir si la transformation économique de la France promise par Emmanuel Macron est suffisante, Benoît Coeuré estime que cette transformation « permettra à la France de combler son retard. Mais la reprise en Europe se produit à un moment où la mondialisation et les mutations technologiques créent des inquiétudes. Il faut plus de flexibilité, sans oublier ceux que ce modèle laisse sur le bord de la route ».

La BCE accompagne le mouvement. Poursuivre les réformes est capital au moment où la Banque centrale européenne s’apprête à injecter moins de liquidités dans l’économie réelle de la zone euro. De 60 milliards d’euros par mois, le rachat d’obligations d’Etat passera à 30 milliards à partir du mois de janvier 2018. Quel en sera l’impact sur les taux d’intérêt ? « La politique de la BCE permet aux ménages et aux entreprises d’emprunter à des taux historiquement bas », répond Benoît Coeuré, précisant que « les taux à court terme fixés par la BCE vont rester très bas encore longtemps, bien après septembre 2018. Les taux d’emprunt à long terme, eux, sont fixés par les marchés financiers. Ils ont vocation à remonter du fait de la reprise économique mondiale. Les entreprises et les Etats doivent s’y préparer ».

Effets collatéraux. Vantant les mérites de l’actuel programme de la BCE, l’économiste reconnaît que « cette politique peut créer des risques sur les marchés financiers. Mais son effet premier est de stimuler la consommation et l’investissement, et de favoriser la baisse du chômage ». Benoît Coeuré en est convaincu : « il n’y a pas de bulle financière à l’échelle de la zone euro. Il y a des tensions sur les prix de l’immobilier dans certains pays. En France, la dette des entreprises progresse aussi très – peut-être trop – vite… mais rien, à ce stade, qui nécessite une action de la BCE ». Quant au niveau de la dette publique française, le bras droit de Mario Draghi estime qu’à ce sujet, « la France n’est pas encore sortie d’affaire. Son déficit se réduit, mais pour l’essentiel grâce à un retour de la croissance ». Si la conjoncture se retourne, « où seront les marges de manœuvre ? », s’interroge Benoît Coeuré. Un appel très clair lancé à la France pour qu’elle s’affranchisse de la politique monétaire de la BCE.

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