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Où va la high tech ?

Le traditionnel Consumer Electronics Show de Las Vegas vient de se refermer sur une présence française très importante. Chaque année, le rendez-vous mondial de la high tech montre l’évolution rapide de l’économie contemporaine. Françoise Benhamou analyse l’édition 2017 du CES.

L’extraordinaire effervescence technologique qui s’est donnée à voir au Consumer Electronics Show (CES) de Las Vegas montre que la high tech ne va dans aucune direction précise, au sens où elle s’immisce partout : elle dessine un avenir qui n’a rien de figé. Et c’est là sa force.

Le CES, lancé pour la première fois à New York en… 1967, est le moment phare de la présentation des avancées de la high tech. La France est venue en force cette année avec 238 startups, occupant la troisième place derrière les Etats-Unis et la Chine. En tête de gondole de la French Tech française, il y a Sigfox, le roi des réseaux à destination des objets connectés, qui compte des appuis de poids, tels Samsung ou Engie.

Les objets connectés, allant de gadgets séduisants à des solutions qui révolutionnent la vie quotidienne et les processus industriels, rebattent les cartes dans des secteurs cruciaux tels ceux de l’énergie ou de la santé. Mais ce sont sans doute la voiture connectée (« sans chauffeur ») et les avancées de l’intelligence artificielle qui ont tenu le devant de la scène.

Quatre remarques s’imposent. Premièrement, la high tech n’est pas l’apanage des startups et des plates-formes américaines. Un exemple : pour la voiture connectée, les groupes de l’ancienne économie se positionnent, tels Ford, Toyota, Audi, PSA ou Renault Nissan. L’opposition entre une nouvelle et une ancienne économie n’est pas pertinente.

Deuxièmement, l’innovation n’est pas un gage de croissance, au moins dans le court terme. Les prévisions pour l’électronique grand public, au niveau mondial, témoignent de ce paradoxe qui veut qu’un domaine en plein déploiement puisse voir se tasser la valeur créée sur certains de ses segments : les achats de smartphones, tablettes, téléviseurs, ordinateurs, appareils photo et autres montres connectées, devraient reculer de 2 % en 2017 au niveau mondial (source : CTA/GfK).

Troisièmement, les liens entre service et industrie sont définitivement repensés. Avec le recul du rapport à la propriété – auquel se substitue une forte demande de services et de solutions dans toutes sortes de domaines –, se positionner sur un marché requiert la conjugaison de biens physiques, éventuellement proposés en location ou en partage, et de services afférents. C’est particulièrement évident en matière de mobilité. Le numérique bouleverse de même la notion de maintenance, en permettant un suivi étroit des nécessités en fonction des usages effectifs.

Dernier point : les besoins en régulation demeurent, mais ce sont des régulations d’accompagnement et d’incitation, qui ne sauraient brider l’innovation. La concurrence fait rage entre les plateformes, elle doit être loyale. Il faut répondre à de très forts besoins en connectivité et gérer efficacement les ressources spectrales disponibles. Les questions d’éthique se multiplient, par exemple en matière de santé. Quant à la protection des données personnelles, elle est cruciale. Et l’on a vu tout récemment l’impérative nécessité d’améliorer la cyber-sécurité, notamment pour les objets connectés.

Michael E. Porter et James E. Heppelmann notaient dans la Harvard Business Review (How smart, connected products are transforming competition, 2014), que l’internet des objets devrait permettre aux Etats-Unis de renforcer leur place de leader de la technologie au niveau mondial. L’histoire n’est jamais complètement écrite, et l’Europe conserve quelques cartes en main, comme on pouvait le noter dans les travées de la manifestation de Las Vegas.

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