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Volkswagen : entre offensive économique et respect des règles

Maîtres du monde. L’explosion de l’affaire Volkswagen aux Etats-Unis suscite des réactions diverses. Outre l’évidente faute morale et industrielle commise par le constructeur automobile allemand, ce dossier fait ressurgir l’idée d’une « guerre » économique savamment orchestrée par les Etats-Unis contre l’Europe. Lionel FONTAGNE rejette cette thèse. Il y a bien eu tricherie de Volkswagen à grande échelle, mais il faut analyser la réaction américaine sous un autre angle. « Les américains n’aiment pas que l’on triche avec leur administration et les règles édictées par cette dernière ». Selon le directeur du Centre d’économie de la Sorbonne, cette nouvelle affaire est pour les américains une manière de dire « Attention ! Nous, les réglementations nous y croyons, mais vous, européens, n’êtes pas aussi sérieux que vous le prétendez ».

Traité transatlantique. Cette position prend tout son sens dans le contexte actuel. Bruxelles et Washington négocient en effet le Traité transatlantique de libre échange, fondé sur les questions de réglementations et leur respect par les entreprises. « C’est le bon moment pour l’administration américaine de montrer ses muscles. C’est l’occasion de montrer qu’il est important de discuter vraiment au niveau le plus élevé des questions de régulation », ajoute Lionel FONTAGNE. Loin de tout fantasme sur une quelconque hégémonie des Etats-Unis ou, pire, d’une « guerre » ravageuse, il ne faut toutefois pas nier l’offensive américaine sur le plan économique.

Récurrences industrielles. Avec cette affaire de fraude au logiciel, le groupe automobile est touché, aussi, dans son orgueil d’industriel allemand rigoureux, exemple de réussite. « Quand la réputation d’une telle firme est entachée dans ce qu’elle a de plus important, c’est un sérieux coup porté au moment même où la bataille entre industriels ne se joue plus sur l’innovation mais sur l’image », insiste Lionel FONTAGNE. Aujourd’hui, l’angoisse de Volkswagen est la voiture sans chauffeur mise au point par Google. Le virage technologique est tel que, pour des groupes comme Volkswagen, « la porte de sortie n’est plus l’innovation mais la réputation dans beaucoup de domaines : la qualité perçue du produit et sa réputation », conclut l’économiste. Volkswagen a tout perdu en une journée.

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