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Les bourses européennes peuvent-elles vivre sans la bourse de New-York?

Les marchés financiers européens peuvent-ils profiter de la bonne forme de leurs homologues américains ? En toute hypothèse, jusqu’où, et jusqu’à quand ? Jean-Paul Betbeze détaille les facteurs de nature à entretenir une interdépendance des bourses de part et d’autre de l’Atlantique.

Les bourses européennes peuvent-elles vivre indépendamment de celle de New-York ? La réponse est non, pour le moment. Les bourses européennes, Cac 40 ou Dax, suivent les bourses américaines, Dow Jones S&P et Nasdaq. C’est un « effet momentum » qui joue, un mouvement, en réalité un « effet Trump ». Les bourses américaines ont ainsi beaucoup monté à la suite de l’élection de Donald Trump, séduites par les baisses d’impôts et les simplifications pour le business promises par le candidat, sans oublier les politiques favorables à l’exportation qu’il avait annoncées.

Poursuivre le momentum : place à la politique fiscale ! Voilà 100 jours que le Président Trump est en poste, et la hausse de 16% des bourses depuis son élection patine, face à la réalité. C’est sans doute pour cela que le candidat devenu Président, outre des actions géopolitiques qui peuvent « surprendre » (Syrie, Corée, Afghanistan), poursuit surtout sur la piste fiscale. Il s’agira notamment de réduire les impôts, de faciliter le rapatriement des 1600 milliards de dollars des compagnies américaines qu’on estime « stockées » hors des Etats-Unis (Source Oxfam). Ces mesures ont l’avantage d’être rapides et de ne pas susciter d’opposition du Congrès. Il est même prévu, si elles passent en fin d’année – ce qui est probable, compte tenu des retards pris –, qu’elles soient rétroactives au premier janvier 2017.

Poursuivre le momentum : éloignons le plafond de la dette, qui menace, par des prolongations. Il faut absolument éviter les fermetures des écoles et des musées qui avaient politiquement coûté aux Républicains sous le précédent président. Le Congrès pense déjà aux élections mid-term, dans moins de deux ans !

Poursuivre le momentum : calmer le dollar. Le « dollar fort » menace, vient de dire le Président Trump dans une interview au Wall Street Journal, le 12 avril. Un dollar fort qu’il s’attribue d’ailleurs en partie, « parce que les gens ont confiance en moi », mais qu’il faut calmer par une politique de taux bas. Il poursuit alors en disant du bien de Janet Yellen (« je la respecte ») et n’exclut pas sa reconduction à la tête du Comité de politique monétaire de la Banque centrale américaine ! Le dollar a compris le message, et baissé.

Poursuivre le momentum. Eviter la guerre des changes et la montée des tensions avec la Chine. Elle n’est plus une « manipulatrice du change » précise même le Président, annonçant le résultat d’un rapport à paraître !

Et pourtant, la Fed s’inquiète des valorisations boursières, qu’elle juge trop fortes. Elle entend poursuivre sa lente normalisation des taux courts, et surtout longs, en réduisant son bilan, donc en vendant des titres obligataires.

Trump contre Fed : c’est toujours le même match. Sauf que si le Président, et le Congrès, veulent raboter l’indépendance de la Fed, les marchés ne vont pas du tout aimer.

Moralité : l’économie américaine poursuit sa longue cure de retour à la normale en matière de croissance, d’inflation et d’emploi, mais elle est toujours sous la tente à oxygène de la Fed, alors que les bourses ont déjà dépassé leurs maxima antérieurs. Tout le monde doit donc marcher sur des œufs. La Fed – elle sait le faire, Donald Trump – on verra.

Et la zone euro ? La BCE comprend ces hausses des bourses mondiales, en liaison avec ce climat politique si particulier. En même temps, l’économie de la zone s’améliore enfin, mais ce momentum là est très fragile ! La BCE va donc tout faire pour le renforcer. Ne le cassons pas : c’est notre chance.

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