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Bruits de bottes et bonheur des marchés

Wall Street en est à son onzième mois de hausse, partout les marchés financiers performent, voire surperforment, au point d’entretenir l’idée d’un rallye perpétuel. Vu l’actualité géopolitique, cette évolution pourrait paraître paradoxale. Jean-Paul Betbèze explique pourquoi il n’en est rien… jusqu’à présent.

Les marchés financiers sont censés être au courant de tout, et presque tout comprendre, en temps réel. Ils sont donc au fait des tensions entre Etats-Unis et Corée du Nord, Etats-Unis et Iran (qui empirent suite à la décision de Donald Trump de ne pas certifier l’accord), Etats-Unis et Russie, Turquie, Mexique, Canada, plus celles dans la Maison Blanche. Ils suivent ce qui se passe avec le Brexit et au sein de l’Union européenne. Plus le reste. Et pourtant, ils montent. Comment comprendre ?

Ils montent… parce qu’ils sont montés ces derniers jours. Ils payent leur tribut au dernier Prix Nobel d’économie, Richard Thaler. Les individus «simplifient la prise de décision en matière financière en créant des cases séparées dans leur tête, en se concentrant sur l’impact de chaque décision individuelle plutôt que sur l’effet global». Ils prolongent la tendance, indépendamment de ce qui se passe par ailleurs.

Ils montent parce que, ce qui est sûr, c’est que l’économie va mieux, même si le FMI nous avertit de la montée des risques liée à celle des dettes, notamment pour les ménages et les entreprises fragiles. Nous le savons, c’est le prix à payer, avec le quantitative easing, pour nous sortir de la crise de 2008. Nous verrons… plus tard.

Ils montent parce que, dans ce monde, l’idée est désormais de diminuer les taxes, tandis que les hausses des taux d’intérêt seront très modestes et étalées. Donc il y aura plus de profit et plus de croissance à terme.

Ils montent parce que l’économie de la connaissance, qui rebat partout les cartes, permettra partout plus de croissance plus efficace et moins inflationniste. Sous-louer son appartement ou une place de son auto, co-worker, travailler en réseaux, disrupter… impliquent des dépréciations considérables chez ceux qui n’auront pas vu venir ou pas accepté de changer. Mais ouvrent des boulevards aux entreprises de contacts, comme Google ou Alibaba, ou de gestion plus efficace, à l’entreprise et à la personne – par Siri interposé. Le nouveau, c’est la capacité des plateformes de s’étendre, avec des coûts marginaux faibles et surtout stables, donc des profits croissants. Alors, les multiples de résultat n’ont plus grand sens, face à un marché qui peut vite devenir mondial.

Ils montent parce que cette économie de la connaissance changera les villes et les relations, ouvrira de nouveaux marchés d’information, de formation, de consommation et d’investissement…

Ils montent parce que, pour eux, l’impossible n’aura pas lieu : une guerre nucléaire d’ampleur. Les freins sont si importants partout, à tous les niveaux, pour empêcher les choix extrêmes ! Même le fou (pas de nom) est sous contrainte !

Ils montent, autant l’avouer, parce qu’ils ne peuvent pas réagir à une crise majeure. Où se protéger : or, Franc Suisse ? Mais il n’y en a pas assez ! Et que faire des lingots ? Faire plonger l’économie suisse en récession, avec une monnaie trop forte ? Et qui serait le gagnant d’une guerre, qu’on ne peut penser limitée ? Les nuages nucléaires ne respectent pas les frontières. Surtout, la Corée du Nord n’acceptera pas la dénucléarisation de la péninsule que veut la Chine.

Alors, les marchés se disent-ils que cette escalade verbale, entre Trump et Kim Jung-un, est le plus sûr moyen de faire perdre le leader nord-coréen… sous pression chinoise ! Ce serait diablement malin : les bruits de bottes feraient-ils le bonheur des marchés ? Mais avec l’Iran, ce sera plus compliqué !

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