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Comment se protéger dans un monde de plus en plus risqué ?

Géopolitique, économie, sécurité, environnement, climat… la notion de risque prend de plus en plus d’importance dans un monde lui-même de plus en plus atomisé. La gestion du risque est un marché florissant qui implique de nombreux acteurs, du client à l’entreprise de service. Quelles solutions et quels outils ? Les Rencontres Economiques d’Aix-en-Provence y consacreront une cession de travail, samedi 7 juillet. Philippe Trainar en dévoile les grands axes.

L’univers des risques est en expansion. C’est un univers de plus en plus divers et de plus en plus interdépendant. C’est un univers caractérisé non seulement par la progression des risques traditionnels, comme les catastrophes naturelles, mais aussi par l’émergence d’un nombre croissant de nouveaux risques particulièrement dangereux : géopolitiques, terroristes, juridiques, électromagnétiques, digitaux, climatiques, pandémiques, économiques et financiers. Ces risques, à l’instar des virus, présentent la particularité inquiétante de muter et de devenir de plus en plus complexes : moins exogènes et plus endogènes, moins accidentels et plus progressifs, moins identifiables et plus interconnectés, moins visibles et plus insidieux, moins ponctuels et plus irréversibles, moins localisés et plus globaux.

Cette expansion de l’univers des risques n’est pas accidentelle mais structurelle. Elle est liée à la croissance de la population qui se traduit par la multiplication des contacts des hommes entre eux, et donc des conflits, ainsi que des contacts des hommes avec les espèces sauvages et la biosphère de la forêt, et donc des sources de pandémies. Elle résulte en même temps de la concentration de la population dans quelques centres urbains très exposés aux catastrophes naturelles. Elle est aussi liée à la progression de la richesse mondiale, et donc au progrès technique ainsi qu’au rattrapage des pays émergents. Elle est enfin intrinsèque à notre dépendance accrue vis-à-vis de techniques de plus en plus sophistiquées et interconnectées, comme l’informatique et internet. Ce qui constitue les fondements de la modernité – les échanges de biens, la circulation des personnes, la technique et la médecine – est désormais perçu comme une source de vulnérabilité accrue.

Une première tentation consiste à chercher à se couper systématiquement de la modernité. Elle est socialement régressive puisqu’elle impose d’abandonner tout ce qui a permis l’amélioration des conditions de vie et l’allongement de la durée de vie. Une autre tentation consiste à chercher à s’immuniser le plus possible des risques. En dépit de sa faveur auprès des législateurs et des juges, elle conduit in fine soit à la castration de la prise de risque, soit, à l’opposé, à une prise de risques inconsidérés, car sans sanction. L’objectif devrait être plutôt de favoriser la prise de risque responsable, dans le cadre d’un partage optimal des risques, qui incite au travail et à une prise de risque raisonnée. L’assurance y est particulièrement bien adaptée.

Quant à l’Etat providence, il doit être repensé et refondé de façon à se concentrer sur la protection des seuls risques qui, soit dépassent la capacité du marché de l’assurance, que l’inconscience des agents et la taille de certains risques (risque systémique notamment) limitent, soit dépendent principalement de l’action de l’Etat (risque lié à la dimension régalienne de la sécurité, i.e. armée, police et douane). Enfin, il faut veiller à réduire les possibilités de jugement en équité pour la couverture des risques et confier le traitement de cette dimension à la politique de redistribution.

L’utilisation des données personnelles, qui est au cœur de l’économie post-GAFA, constitue un bon champ d’application de cette prise de risque raisonnée. L’enjeu est de maîtriser les techniques liées tant à l’utilisation des données personnelles qu’à la protection contre leur mésusage, en évitant d’en abandonner la maîtrise aux USA ou à la Chine.

Les Rencontres Économiques se déroulent les 6, 7 et 8 juillet. Toutes les conférences sont en accès libre gratuitement et diffusées en direct sur lesrencontreseconomiques.fr

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