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Fin de monde ou sortie de crise ?

Couv_fin du monde ou sortie de crise » La vérité ne rêve jamais « , dit la sagesse orientale. C’est pourquoi nous avons tant de mal à la regarder en face et encore plus à l’admettre.

Voilà deux ans que la réalité d’une crise économique sans précédent contrarie les rêves d’une croissance mondiale harmonieuse. Il était urgent de prendre la mesure de ce qui se joue. Fidèle à sa mission pédagogique et prospective, le Cercle des économistes procède à une analyse rigoureuse des deux lectures que nous pouvons faire de la crise : sommes-nous dans un cycle classique qui ne fait que passer, ou bien sommes-nous en train de vivre une crise profonde de civilisation qui donnera naissance à un nouvel ordre économique ?

Les membres du Cercle des économistes ont voulu dresser un tableau cohérent des deux analyses possibles pour contribuer à la pertinence et à l’efficacité des mesures à prendre.

Co-dirigé par Pierre Dockès

Editions Perrin, Collection Tempus – 9€

 

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Avant-Propos de Jean-Hervé Lorenzi

Longtemps, nous avons cru pouvoir dormir en paix. La science économique avait remisé au placard les plus grands risques. L’incertitude s’était faite discrète, camouflée par notre connaissance intime des marchés, de leurs logiques. Avec le temps, la théorie cannibalise l’histoire, fait son miel de ses vicissitudes et se nourrit du passé pour affronter tous les avenirs possibles. Tant et si bien qu’aujourd’hui, l’économie n’est plus affaire d’architectes audacieux mais de gestionnaires habiles ; l’ère du « fine-tuning » a remplacé celle des grandes idéologies. Agir à la marge, dompter les cycles, stimuler les dépressions et tempérer les enthousiasmes. Bref, appliquer des recettes connues dans un environnement déterminé et stabiliser le navire, c’était l’enjeu.

Mais la crise est venue frapper à la porte de nos certitudes. Nous avons fait la sourde oreille. Elle est entrée par effraction. Par un petit marché spécialisé appelé subprime. Depuis, cette invitée turbulente remet tout en question. En seulement un an, elle a fait sombrer l’Islande dans une quasi-banqueroute, acculé Lehman Brothers à la faillite et contraint quelques-unes des autres banques les plus prestigieuses de la planète à une nationalisation partielle. Partout, la récession s’enracine.

Qu’il semble aujourd’hui guilleret et simple, le monde d’avant. Le monde d’il y a un an, c’est-à-dire d’il y a un siècle.

C’est alors une finance conquérante, une industrie inventive et fière qui s’affichait au monde. Des bonus comme des bonbons, distribués en fin d’année aux éléments les plus méritants, témoignaient de la formidable vitalité du secteur : en 2007, les 100 meilleurs courtiers se sont partagé plus de 30 milliards de dollars. Certes, la situation n’était pas parfaite, mais les nuages qui s’amoncelaient au-dessus de l’économie n’étaient pas si lourds. L’important déficit extérieur américain, l’endettement des ménages, le prix de l’immobilier ou du pétrole ne menaçaient pas l’équilibre économique du monde. Au pire, les esprits chagrins pronostiquaient un « atterrissage en douceur » pour clore les cinq dernières années d’une croissance forte.

Finalement, le seul sujet d’inquiétude sérieux semblait l’endettement. Mais l’était-il vraiment ? S’il a été, en France, au coeur de l’élection présidentielle, c’est aussi parce qu’il a servi de piédestal aux candidats pour souligner le sérieux de leurs projets économiques. Et la crise a frappé.

Ce livre est celui de deux lectures différentes, mais également cohérentes et respectables, d’une même histoire. Elle débute dans les premières semaines de l’année 2007, discrètement d’abord, jusqu’à ce qu’en août le monde entier découvre l’existence d’une crise majeure et la signification du mot subprime.

Au printemps 2009, c’est elle – encore – qui continue à faire la Une des journaux et à guider les choix économiques des gouvernements. Ce livre est donc le livre de tous les paradoxes, de tous les antagonismes et, osons le mot, de toutes les apories de la science économique. Pour notre discipline, une crise est à chaque fois un moment de vérité. Elle éprouve les plus vieilles convictions, met à l’épreuve les certitudes les mieux enracinées. C’est à la fois le lieu du conflit et de l’ambiguïté des théories, mais aussi celui des ruptures profondes et de l’apparition possible de nouvelles voies.

Avec l’ouvrage Politique économique de droite, politique économique de gauche, paru en 2006, nous voulions définir les cohérences économiques respectives de deux positions politiques, donner à comprendre deux visions différentes du monde, sans jamais juger ni prendre parti. A travers cet ouvrage, nous souhaitons poursuivre ce même exercice. Parce que la crise bouscule les clivages traditionnels, parce que le balisage droite / gauche, libre-échangistes / protectionnistes, libéraux / interventionnistes risque de nous égarer, parce que les frontières ne sont plus où l’on croit, il nous faut explorer et parcourir les nouvelles lignes de faille qui traversent le débat.

Tous les jours, de nouveaux livres, articles ou travaux sur la crise sont livrés. Pour la plupart, ils regrettent l’absence de prescience des économistes, décrivent la crise des subprimes, soulignent la complexité de la situation et s’excusent de ne pouvoir avancer ni un calendrier d’amélioration de la situation économique mondiale, ni un jugement des plans de relance proposés quotidiennement. Il y a en fait presque autant de livres sur la crise que d’initiatives de politiques économiques faites par les différents États afin de soutenir les activités et de limiter la détérioration du marché du travail. Jamais nous n’avons été autant abreuvés d’écrits et autant perdus dans l’incertitude.

Voilà ce que l’on peut écrire sans risque de se tromper sur les événements exceptionnels que nous vivons depuis début août 2007 : une croissance incroyablement inutile de liquidités. Le mot important est inutile. Il est impossible de comprendre l’origine de la crise bancaire, la créativité sans précédent en termes de produits financiers totalement désolidarisés de l’économie réelle si l’on n’a pas en perspective cette masse, inconnue jusqu’alors par son ampleur, de liquidités auxquelles les banquiers ont trouvé des usages purement financiers…

 
Sommaire

La crise à deux visages J.-H. Lorenzi

PREMIÈRE PARTIE : LA CROISSANCE : À QUAND LA REPRISE ?

1. Croissance : adaptation ou rupture ? P. Dockès 2. Vers une réinsertion du régime de croissance ? P. Artus

3. Barack Obama va-t-il sortir l’Amérique de la crise ? J. Mistral

4. Partage des revenus : poursuite des inégalités ou retour de la classe moyenne ? J.-M. Charpin

5. La politique de l’emploi entre ajustements de court terme et réformes structurelles P. Cahuc

 

 

DEUXIÈME PARTIEFINANCE ET BANQUE : RÉFORME OU RÉVOLUTION ?

6. Système bancaire : rupture ou continuité ? J.-P. Pollin 7. Extension ou marginalisation des marchés financiers ? C. Lubochinsky

8. Glass-Steagall global Ch. Stoffaes

 

TROISIÈME PARTIE : L’ÉTAT, DÉPÉRISSEMENT OU RETOUR EN FORCE ?

9. L’Etat au coeur des deux lectures de la crise Ch. Saint-Etienne 10. Politiques économiques : régler les imperfections ou réguler autrement les marchés ? A. Trannoy

11. Politique budgétaire : stabilisateurs ou politique discrétionnaire ? L. Boone et J. Pisani-Ferry

 

QUATRIÈME PARTIE : OÙ VA LE MONDE ?

12. Mondialisation ou fractionnement de l’espace économique ? A. Cartapanis 13. Les flux d’épargne mondiaux : redéploiement ou rupture ? Ph. Trainar

14. Energie et environnement : statu quo ou nouvelle croissance ? J.-M. Chevalier

15. Crise du marché ou crise de l’action publique ? B. Coeuré

16. Vers une nouvelle gouvernance mondiale Ch. de Boissieu

17. Industries culturelles : accompagnement de la transition vers le numérique ou changement de paradigme ? F. Benhamou

 

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