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Géopolitique et marchés financiers : un découplage ?

Les places boursières seraient-elles insensibles aux aléas géopolitiques, et jusqu’où ? Le calme observé chez les opérateurs malgré le récent accès de fièvre de la Corée du Nord n’est pas étonnant, selon Christian de Boissieu. Signe, selon l’économiste, de la solidité des fondamentaux économiques dans le monde.

Jusqu’à présent, les provocations nucléaires de la Corée du Nord ont eu un impact limité sur les marchés financiers. Même la bourse de Séoul ne s’en sort pas trop mal. Certes, les essais nucléaires nord-coréens, d’intensité croissante, ont provoqué un peu de volatilité, le report vers des valeurs-refuges telles que l’or, l’euro ou les obligations les mieux notées. Mais, face à l’énormité de la menace géopolitique, la résilience de la finance est impressionnante. Pourquoi ? Cela peut-il perdurer ?

L’explication la plus simple consiste à invoquer le réalisme des traders. L’escalade de Kim Jong-un relève d’un bras de fer avec les Etats-Unis et leurs alliés, mettant la Chine et la Russie en porte-à-faux. Avec, en toile de fond, une soif de reconnaissance internationale de la part de Kim, et le désir d’obliger les Etats-Unis et leurs partenaires à accepter un début de dialogue avec la Corée du Nord. Qui aurait intérêt à appuyer sur le bouton nucléaire et à déclencher un cataclysme mondial ? Pas plus Kim que Donald Trump, ou les autres. Cet argument est, quelque part, plus rassurant que les décisions du Conseil de sécurité de l’ONU, totalement ineffectives comme trop souvent, ou que la personnalité, volatile et imprévisible, des deux principaux protagonistes.

Une explication  complémentaire (et non concurrente) met l’accent sur la bonne tournure des «  fondamentaux » pour comprendre la résilience de la finance face à une géopolitique inquiétante. Une croissance qui s’accélère en Europe, qui s’installe dans la durée aux Etats-Unis même si c’est à des rythmes un peu décevants, la poursuite de politiques monétaires très accommodantes et qui vont le rester en tant que de besoin, des taux d’intérêt encore très bas. Globalement parlant, compte tenu du QE, des profits affichés et des dividendes distribués, les marchés d’actions ne paraissent pas surévalués avec des PER autour de 15 pour le CAC 40 et de 18 pour le Dow Jones.

Les bulles sont ailleurs : sur les obligations des Etats les mieux notés, sur certaines valeurs petites ou moyennes d’entreprises à l’avant-garde de la révolution numérique, sur certains segments de l’immobilier, sur certaines matières premières… Les bourses, en Europe continentale, ont été récemment plus influencées par l’anticipation des effets défavorables de la montée de l’euro sur la croissance et les profits dans la zone, que par les gesticulations de Kim Jong-un, même si ces dernières ont pu accentuer le mouvement. Quant à la bulle sur une partie du marché obligataire, elle existait bien avant cet été. Comme toute bulle, elle donnera lieu à corrections et la Fed de Janet Yellen s’emploie à sécuriser des ajustements graduels de taux et de marché. Tout faire pour éviter de répliquer le krach obligataire de 1994 !

Dans les circonstances présentes, des politiques monétaires pragmatiques et crédibles permettent d’amortir les effets des chocs géopolitiques. Une raison de plus pour Trump pour décider  très vite de  la reconduction de Janet Yellen à la tête de la Fed. Supprimer ainsi une cause importante  de « brouillard »  n’aurait que des avantages ; il y a par ailleurs assez d’autres sources d’incertitude et d’angoisse.

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