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Le G20 a-t-il perdu le Nord ?

Agnès Bénassy-Quéré

Agnès Bénassy-Quéré

Réjouissez-vous de ne pas être Ministre des finances. A l’heure qu’il est, vous seriez à Moscou où il fait -15°C. Aujourd’hui commence en effet la réunion des Ministres des finances et banquiers centraux du G20, sous présidence russe. Au fait, qu’est-ce que le G20 ? Un petit flash back s’impose. Novembre 2008, peu après la faillite de Lehmann Brothers, les dirigeants de la planète décident de réveiller une belle endormie – un cercle de 20 pays créé au lendemain de la crise asiatique, en 1999 – et d’en faire le principal forum de coordination de l’économie mondiale. Réuni à Washington, le nouveau G20 coordonne les plans de relance budgétaire sous la pression amicale du FMI, prévient le risque protectionniste et fixe les principes d’une réforme de la finance mondiale. Avril 2009 : réunis cette fois à Londres, les dirigeants du G20 décident de tripler les ressources du FMI et établissent une longue liste de réformes de la finance à entreprendre sans tarder. Londres fut en réalité le sommet des sommets, époque bénie où l’urgence liée à la crise dominait l’esprit de clocher. Depuis, hélas, nous avons perdu de l’altitude. Qui se souvient du sommet de Los Cabos l’an dernier, sous présidence mexicaine ? Sauriez-vous égrener les priorités de la présidence russe pour le G20 ?

Vous l’avez compris : une fois passée la panique de la crise financière mondiale, le G20 a perdu de sa superbe. Nos attentes à son égard étaient peut-être trop grandes. Pensions-nous vraiment qu’il saurait impulser une réforme en profondeur de la finance mondiale, dépassant les intérêts nationaux ? Qu’il vaincrait les déséquilibres mondiaux et ré-orienterait les politiques nationales de façon à maximiser la croissance mondiale ? Et pourtant.

Et pourtant, il serait nécessaire que le G20 réalise une grande négociation entre les différents dossiers de la planète, chacun étant aujourd’hui traité par des instances cloisonnées : commerce, finance, croissance, changement climatique, développement. Il nous faudrait aussi une coordination des politiques monétaires pour éviter la guerre des monnaies et gérer la liquidité au niveau mondial. Enfin, nous aurons toujours besoin d’une caserne de pompiers en état de marche, bien entretenue et capable d’intervenir rapidement en cas de nouvelle crise. Au lieu de cela, nos dirigeants vont s’écharper sur la représentation des uns et des autres au FMI. Certains grands pays émergents sont en effet sous-représentés mais croyez-vous vraiment qu’une nouvelle réforme des quotes-parts au FMI va relancer la croissance et pacifier les banques centrales ? Nous aurons droit à des déclarations un peu vagues sur l’investissement, l’emploi et la finance ; peut-être aussi sur les monnaies, même si le G7 a déjà fait mardi sa déclaration sur le sujet.

Bien sûr, il faut être bienveillant avec le G20 qui après tout n’a que quatre ans dans sa nouvelle formule et réunit des pays vraiment hétéroclites. Mais il lui manque une boussole robuste pour naviguer au milieu des intérêts particuliers et des remous de l’économie mondiale. La glaciation du G20 ne doit pas lui faire perdre le Nord.

Chronique diffusée sur France Culture le 14 février

 

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