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Que se passe-t-il sur le marché pétrolier ?

Depuis plusieurs semaines, le marché pétrolier a retrouvé une volatilité certaine. Les cours du baril ne cessent de fluctuer, rendant difficile toute prévision précise, notamment en matière de prix. Jean-Marie Chevalier analyse les derniers éléments qui permettent de comprendre la difficile régulation du secteur.

Une légère brise commence apparemment à souffler sur le secteur parapétrolier  : les forages, les services d’exploration et de production, les tuyaux. Ce secteur avait particulièrement souffert de l’effondrement du prix du pétrole qui avait entraîné une réduction de près de la moitié des investissements des compagnies pétrolières. Cette brise augure-t-elle d’une reprise des investissements ? On peut le croire. Mais cette reprise sera probablement assez lente car la configuration du marché pétrolier international a beaucoup changé, d’un point de vue économique et géopolitique. Voyons ce que l’on peut dire de la régulation de ce marché et de l’évolution possible des prix.

Ce qui est nouveau, c’est que les trois premiers producteurs de pétrole brut sont aujourd’hui les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite. L’Arabie saoudite, leader de l’OPEP, avait misé depuis 2014 sur la chute des prix, en espérant qu’elle entraînerait une chute de la production américaine de pétrole de schiste. Il n’en a rien été et, à un prix de 50 dollars de baril, le pétrole américain va encore se développer à la suite des considérables gains de productivité qui ont été réussis.  L’Arabie saoudite a donc changé de stratégie, et la  concertation introduite en octobre 2016 entre l’OPEP et une dizaine de pays non OPEP visait à raffermir les prix en organisant certaines réductions de production.

On sous-estime les dramatiques effets économiques, politiques et sociaux qu’entraîne, chez de très nombreux pays, un prix du baril inférieur à 80 dollars. On n’en a probablement pas encore mesuré l’ampleur. Cette tentative de régulation a eu quelques effets limités mais le problème majeur vient du fait que la production américaine elle-même ne peut pas être régulée ; elle est le fait de centaines de compagnies qui jouent la loi du marché. La construction du Keystone XL pipeline, si elle est finalement autorisée, va amener du pétrole canadien vers le Texas. Cette arrivée va encore compliquer le puzzle et probablement renforcer le rôle des Etats-Unis sur le marché pétrolier international, un  rôle que nul n’aurait prévu il y a seulement six ans.

Cette position exceptionnelle s’explique en grande partie par le développement rapide du pétrole (et du gaz) de schiste, mais aussi par l’importance du raffinage et la multiplication des opportunités d’arbitrage entre des pétroles de différentes provenance et les produits raffinés. Des modifications de la réglementation du commerce extérieur en matière pétrolière ont ouvert de nouvelles possibilités.

La structure des échanges pétroliers internationaux a donc été modifiée. Les arbitrages sont plus nombreux ; les raffineries sont plus qu’autrefois des « fuel arbitrageurs » ; les Etats-Unis occupent une position nouvelle qui est maintenant plus économique que géopolitique. Comment dans un tel contexte peuvent évoluer les prix ? La question des prévisions reste toujours aussi difficile. Nul ne peut dire ce que sera le prix du pétrole dans deux mois, deux ans, dix ans. L’intrication des variables  économiques et géopolitiques rend la lecture et la compréhension difficile.s.

La dynamique économique du pétrole de schiste américain est un élément majeur de l’équation. Combien de temps et avec quelle ampleur peut continuer ce développement qui, pour l’instant, contribue à maintenir des prix bas. Les investissements vont reprendre, lentement, et il est probable qu’une insuffisance de l’offre entraînera d’ici quelques année une nouvelle hausse des prix.

 

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