— Actualité

— Industrie & Innovation

Remettre le progrès au cœur du développement sociétal

Microscope pour représenter le progrès technologique et scientifique

Depuis plus de 200 ans, le progrès scientifique et technique a profondément amélioré les conditions de vie de l’humanité. Pourtant, alors que ses bénéfices sont considérables, il est aujourd’hui questionné. Le défi consiste désormais à le rendre plus visible, plus inclusif et davantage au service des besoins sociétaux, affirme Éric Labaye.

Depuis plus de 200 ans, le monde a vécu un formidable progrès essentiellement tiré par les développements scientifiques et techniques. Ceux-ci ont permis une amélioration majeure de nos conditions et de notre espérance de vie.

Le PIB/habitant est passé de 500 à 50 000 euros. L’espérance de vie est passée de 30 à 80 ans. L’éducation, la sécurité, les conditions de travail ou tout simplement les conditions de vie ont fait des bonds gigantesques. Ce progrès s’est aussi étendu « à l’échelle » au-delà de l’Occident dans les 30 dernières années. Il a permis à plusieurs milliards d’humains de sortir de la pauvreté et d’avoir des conditions de vie décentes.

Entre 1964 et 2014, le PIB/tête mondial a cru de 2,1 % par an. Cette croissance résulte d’un accroissement du travail de 0,3 % et de 1,8 % de croissance de productivité. C’est un signe de l’impact des innovations technologiques et des modes d’organisation.

Pourquoi le progrès est aujourd’hui questionné

Alors que le progrès permet l’évolution régulière de l’humanité vers un but idéal, incluant l’amélioration de la condition humaine et de son bien-être, il est aujourd’hui questionné, voire combattu par certains.

Parmi les principaux sujets légitimes de questionnement figurent l’impact environnemental du développement économique, les inégalités d’accès ou de revenus, les limites éthiques (sécurité, vie privée, liberté), les difficultés d’adaptation des citoyens aux transitions si rapides et la perte de sens.

Les différentes parties du monde ne voient pas toujours ces sujets de la même façon. Ainsi, 30 % à 40 % des Européens et Américains font confiance à l’IA, alors que ce sont 70 % à 80 % dans de nombreux pays asiatiques, dont la Chine

Les forces qui alimentent les inquiétudes

Ceci résulte de nombreuses craintes et de forces en jeu. Une globalisation a renforcé la concurrence entre régions et transformé profondément les chaînes de valeur. Elle a également demandé des adaptations importantes aux économies développées. Parallèlement, des révolutions technologiques en accélération (numérique, biotech, spatial, énergies décarbonées) impactent les modes de production, mais aussi les modes de vie.

Le défi central aujourd’hui est de rendre le progrès souhaitable pour la société. Il doit répondre aux besoins et attentes des individus qui la composent, au travers d’une démarche plus transparente et participative. Il doit également assurer ses avancées et impacts au service de tous.

Parmi les impératifs, il est essentiel de définir les objectifs sociétaux que l’on veut atteindre et d’identifier clairement et explicitement les indicateurs de progrès. Au-delà des indicateurs scientifiques et économiques, ils doivent inclure des indicateurs de bien-être et de développement humain.

Accélérer l’innovation pour répondre aux grands besoins sociétaux

Il faut également accélérer le développement des solutions innovantes basées sur les progrès technologiques afin de répondre aux quatre grands besoins sociétaux majeurs du monde :

  • Une alimentation saine et durable ;
  • La santé et le bien-être de tous ;
  • La durabilité de l’environnement ;
  • La réussite de la transition écologique et énergétique.

Il est impératif d’investir fortement dans la recherche des nouvelles technologies (quantique, biotech, énergie renouvelable, spatial…) pour développer les solutions aux grands problèmes et maîtriser leur fonctionnement

Nous devons ensuite rendre visibles les avancées pour les citoyens et assurer leur diffusion au plus grand nombre. Par exemple, l’impact des biotechnologies ou de l’IA sur le diagnostic ou le traitement des maladies. De même, les nouvelles technologies de l’eau ou de l’électricité améliorent concrètement l’environnement et la vie quotidienne. Ceci permettrait à chacun de percevoir le progrès, et l’IA en particulier, comme une opportunité.

Productivité, croissance et futur du travail

Maintenir la croissance de la productivité pour assurer le progrès économique, moyen du progrès sociétal, est un impératif majeur, surtout dans les pays en stabilité ou en déclin démographique.

Cela demande une diffusion des technologies au plus grand nombre. Cette diffusion doit être liée à une réorganisation des modes de production et d’organisation, et ce instillé par un environnement de forte concurrence.

Enfin, il faut donner à chacun un rôle et un sens dans le futur du travail. L’histoire enseigne que toute évolution technologique a entraîné des suppressions d’emploi, mais a aussi créé de très nombreux emplois dans de nouveaux secteurs. Aujourd’hui, la nécessité première est la création de ces nouveaux métiers avec l’apparition des nouvelles technologies, ainsi que la reconversion des personnes dont les rôles évoluent.

— Pour aller plus loin