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Le monde peut-il sortir du patriarcat ?

Propos introductif de Fanny Guinochet, France Info, La Tribune

Nous allons débattre d’un sujet passionnant, celui du patriarcat. Un sujet qui nous concerne tous et toutes. Avec ce titre un petit peu provocateur : « Le monde peut-il sortir du patriarcat ?».

À mes côtés pour en parler, j’ai la chance d’avoir Marlène Dolveck, Directrice Générale de SNCF Gares & Connexion, mais aussi Présidente du Conseil d’administration de l’école économique TSE. Nous sommes parmi des économistes, c’est donc un titre prestigieux. Mais, elle est aussi Présidente du Conseil d’administration et du Comité stratégique de Radio France. Et puis, Bernard Sananès, fondateur d’ELABE.

Le patriarcat est une forme d’organisation sociale dans laquelle l’homme exerce le pouvoir dans le domaine politique, économique, religieux… où il détient le rôle dominant. Alors, la question à laquelle nous allons tenter de répondre est « le monde peut-il sortir du patriarcat ? ».

Synthèse

La dynamique de sortie du patriarcat est lancée, aime à penser Marlène Dolveck. Il s’agit d’un consensus républicain autour des trois valeurs « Liberté, Egalité et Fraternité ». Il y a davantage de libertés, progressivement, depuis le droit de vote des femmes en 1944. Malgré tout, il faut se souvenir de la mise en garde de Simone de Beauvoir au sujet de la fragilité des droits des femmes en temps de crise. Sortir du patriarcat, c’est donc obtenir davantage d’égalité et donc d’opportunités. Les femmes peuvent aujourd’hui tout faire, notamment grâce à des lois telles que la loi Copé-Zimmermann de 2011[1], l’index égalité Pénicaud[2] ou encore la loi Rixain en 2021[3].

L’égalité passe également par l’éducation et, enfin, par le fait de ne pas nier les différences. La troisième valeur, celle de la fraternité ou de la sororité, nous pousse à veiller sur les conditions de travail des femmes au sein de la société SNCF Gares & Connexion, mais également à considérer les problématiques des usagères dont 100 % disent avoir déjà été agressées dans les transports. Il est important de souligner la faible représentation des femmes dans des métiers techniques, de terrain. Il est, donc, nécessaire de montrer qu’exercer dans de tels secteurs en tant que femme est possible tout en tenant compte des spécificités des travailleuses pour rendre les métiers accessibles. Il est donc possible de sortir du patriarcat à condition d’adopter une démarche de coopération avec les hommes. Pour citer le ministre de l’Économie, Bruno Lemaire, à l’occasion de ces Rencontres : « Ce sont les femmes qui sauveront le monde !».

Peut-on avoir un regard objectif sur la question du patriarcat lorsqu’on est un homme « pas forcément déconstruit» ?

s’interroge Bernard Sananès. Au regard des chiffres, les études ELABE montrent que nous ne sommes pas encore sortis du patriarcat. La réponse des personnes questionnées sur ce qu’est le patriarcat est intéressante par comparaison avec la définition apportée en introduction. Les personnes évoquent un monde ancien, dépassé, un monde d’autorité, de domination et un modèle de famille sous la main du père. Les hommes et femmes interrogées partagent également plusieurs constats, dont celui d’un monde dominé par les hommes principalement dans la sphère politique et dans le travail. Objectivement, être une femme dans la société d’aujourd’hui revient donc à être confrontée à un certain nombre de difficultés au quotidien et la problématique de la sécurité est particulièrement forte dans l’espace privé, familial, comme dans l’espace public. S’ajoute à cela le sujet du consentement, alors que près de 4 femmes sur 10 ont déjà vécu une situation de non-consentement. Le regard de l’opinion sur les progrès est très contrasté. Les hommes ont davantage le sentiment d’une amélioration que les femmes, notamment dans le monde de l’entreprise sur les sujets d’accessibilité aux responsabilités et sur la question salariale. L’entreprise peut alors être un accélérateur de progrès pour les femmes. Or les hommes dirigeants ont encore du mal à s’approprier ces enjeux.

Interrogé sur la notion de « déconstruction », Bernard Sananès juge personnellement le terme caricatural. Cependant, les hommes doivent aussi porter le sujet. Malgré un débat sémantique parfois connoté, le travail autour des mots à employer est intéressant et doit être poursuivi pour faire évoluer les mentalités. Globalement, les échanges tenus lors de cette controverse soulèvent une question fondamentale : « devons-nous nous satisfaire des progrès accomplis ou devons-nous nous alarmer du chemin qu’il reste à parcourir ?».

Points forts du débat

  • Marlène Dolveck et Bernard Sananès ont observé l’importance d’aborder les sujets d’égalité collectivement et d’impliquer les femmes comme les hommes dans la démarche de « sortie du patriarcat ».

Propositions

  • Dans le monde de l’entreprise, encourager l’accessibilité de certains métiers aux femmes, inciter les dirigeant(e)s des entreprises à adopter une position forte sur la parité et instaurer une forme de sororité entre les collaboratrices (Marlène Dolveck).
  • Sensibiliser les hommes dirigeants, en particulier sur leur influence quant aux enjeux d’égalité au sein de leurs entreprises et sur les actions qu’ils peuvent engager en matière de communication (Bernard Sananès).
  • Ouvrir le débat public aux hommes qui ne se sentent pas directement concernés, d’après les études d’opinion (Bernard Sananès).

[1] Loi n°2011-103 du 27 janvier 2011 relative à la représentation équilibrée des femmes et des hommes au sein des conseils d’administration et de surveillance et à l’égalité professionnelle

[2] Index de l’égalité professionnelle créé en 2018 par la loi n°2018-771 du 5 septembre 2018 sur l’avenir professionnel

[3] Loi n° 2021-1774 du 24 décembre 2021 visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle

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