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S’engager : l’alternative mutualiste et coopérative

Sens de l’intérêt général, équilibre entre l’individu et le collectif, mécanismes inclusifs, non-obsession du profit maximal, primeur au long terme : les cultures coopératives et mutualistes répondent aux grands enjeux de nos sociétés minées par les fractures, estiment Thierry Derez, Jean-Hervé Lorenzi et Olivier Pastré.

Jamais le monde n’a connu autant de ruptures et de conflits qu’aujourd’hui, dont l’issue reste incertaine. Jamais la France n’est apparue aussi fracturée et désorientée. Jamais, heureusement, la mutualité et la coopération n’ont paru aussi à même de relever de manière originale de tels défis. En effet, les idées qui sont à l’origine de ce mouvement font aujourd’hui un retour en force : sens de l’intérêt général, équilibre entre l’individu et le collectif, développement des mécanismes inclusifs, non-obsession du profit maximal, primeur donnée au long terme.

Face au spectre de l’individualisme et de la désunion, il apparaît, en effet, fondamental de pouvoir proposer des mécanismes de solidarité présentant des caractéristiques économiques pérennes. Voilà une définition qui correspond presque exactement aux missions que se sont données les structures coopératives et mutualistes, et cela depuis plus d’un siècle et demi. Mais au monde économique très local et intergénérationnel du XIXe siècle a succédé une économie interconnectée à l’évolution de plus en plus rapide. Le mutualisme et la coopération sont-ils donc toujours pertinents dans ce contexte ?

Défi de l’adaptation aux crises

La question centrale que notre époque pose au mutualisme et à la coopération demeure celle de son adaptabilité aux crises que nous devons affronter de plus en plus régulièrement avec une intensité croissante. La réponse à cette question repose fondamentalement sur la capacité de ce mouvement à se réformer. Et ce dans quatre domaines au moins.

Ce mouvement doit d’abord retrouver ses racines sans pour autant tourner le dos à la modernité. Retrouver ses racines, cela veut dire intervenir pour des populations mal desservies par les entreprises purement capitalistes. Par ailleurs, il doit nécessairement adopter une stratégie « bottom up », c’est-à-dire en partant de la base et non du sommet. L’approche inverse « top down » crée en effet trop d’inégalités et surtout de rentes dans une économie mondialisée.

Son effort doit aussi être dirigé en priorité vers les jeunes. Parmi les populations les plus mal desservies par l’économie de marché figurent, en effet, les jeunes qui pourtant sont l’avenir de notre pays. Enfin, ce mouvement ne doit pas hésiter à défendre ses intérêts spécifiques dans les débats réglementaires en cours aujourd’hui.

Les régulateurs (dans les domaines prudentiels et comptables au moins) étant « hypnotisés » par le modèle de l’entreprise cotée en Bourse, pénalisent, sans nécessairement le vouloir, les entreprises qui ne « rentrent pas dans le moule ». Au mouvement mutualiste et coopératif de lutter en permanence contre cette distorsion de concurrence. Tels seront les quatre axes des débats des Assises de la mutualité et de la coopération qui se dérouleront à Paris le 27 mars 2025.

Ce n’est bien évidemment pas la coopération et le mutualisme qui amèneront la paix en Ukraine et au Proche-Orient. Mais, dans notre pays, cette forme d’organisation peut contribuer à atténuer les effets les plus néfastes de la crise actuelle. Pour cela, mutualisme et coopération doivent s’engager résolument dans la modernité. Et le faire au plus vite.

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