Assiste-t-on à l’émergence d’une bulle financière de l’IA ou à une transformation durable des économies mondiales ? Une question centrale que se pose Anne-Sophie Alsif à l’heure des investissements massifs et des enjeux de souveraineté.
L’intelligence artificielle (IA) représente une rupture technologique fondamentale qui redessinera à long terme les structures de production et impactera les gains de productivité. Plus qu’économiques, les enjeux sont aussi politiques. L’IA permet de maîtriser les systèmes de production de données et constitue un levier stratégique majeur, notamment dans le secteur de la défense. Être leader dans cette technologie est devenu central pour préserver sa souveraineté. Les États-Unis et les grandes entreprises technologiques l’ont bien compris et investissent des sommes historiques dans ce secteur.
Quand les investissements massifs font naître la bulle financière de l’IA
Dès lors, l’IA se développe très vite et devrait être imbriquée rapidement dans les systèmes d’information qu’il sera impossible de penser indépendamment d’elle. À terme, la totalité du travail effectué par un service informatique impliquera l’utilisation de l’IA, alors qu’actuellement 81 % des tâches sont encore réalisées sans y recourir. Les investissements sont massifs : ils devraient dépasser les 2 000 milliards en 2026. Après une explosion des investissements des hyperscalers dans les datacenters et les processeurs graphiques (GPU), la dynamique se déplace vers les logiciels et les services d’entreprise. Les investissements des hyperscalers dans les centres de données ont augmenté de 70% en 2025 à près de 400 milliards de dollars. Au total, les prévisions tablent sur 4 000 milliards d’ici à 2030.
L’IA comme amortisseur économique américain
Ces investissements colossaux stimulent le taux de croissance américain. Avec l’annonce de la guerre commerciale au mois d’avril 2025, des risques de récession sont apparus aux États-Unis. La hausse des droits de douane devait peser lourdement sur la croissance. Pourtant, grâce aux investissements massifs dans l’IA, l’économie américaine ne s’est pas effondrée. En 2025, la croissance atteint 2,1 %, dont près des deux tiers sont directement liés à l’investissement en intelligence artificielle. Il existe donc bien une forme de bulle financière de l’IA, qui a permis de compenser la perte de croissance provoquée par la hausse des droits de douane.
Souveraineté technologique et rivalités internationales
Alors que l’Europe s’interroge sur les risques d’une bulle financière et sur ses conséquences, les États-Unis poursuivent leur stratégie d’investissement pour des raisons de souveraineté et de défense. En effet, la crise du Covid et les menaces de hausse de droit de douane ont révélé les dépendances des Etats-Unis à certains composants chinois, y compris dans le secteur de la défenses. Maintenir une avance technologique sur la Chine est devenu une priorité absolue, tout comme la maîtrise des systèmes de données sensibles.
Quelles opportunités de l’IA pour l’économie européenne ?
La révolution de l’IA est en marche. Plutôt que de se concentrer uniquement sur le risque de bulle, il convient aussi de s’interroger sur les opportunités, notamment pour l’Europe. Malgré notre important retard d’investissement, l’IA représente un atout majeur dans des secteurs tels que la santé dans un contexte de vieillissement de la population. De plus, les gains de productivité attendus pourraient également contribuer au financement des systèmes de protection sociale. C’est davantage sur ces questions de l’appropriation de l’IA au sein des systèmes économiques que les défis restent importants.
