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L’énergie, menace pour Trump à l’abord des Midterms ?

Image de la ville de Chicago illuminée

À neuf mois des élections de mi-mandat, la promesse de Donald Trump de diviser par deux les factures d’énergie se heurte à une réalité bien différente. Patrice Geoffron montre comment la hausse des prix et les choix énergétiques de l’administration républicaine pourraient transformer l’énergie en point faible politique.

« Je réduirai le prix de l’énergie et de l’électricité de moitié. Douze mois après le 20 janvier, votre facture d’électricité sera 50% moins chère » . Cette promesse, martelée par Donald Trump en octobre 2024 à Detroit constitue aujourd’hui un talon d’Achille, à neuf mois des élections de mi-mandat. La promesse n’a en effet pas été tenue. De plus, les politiques conduites par l’administration républicaine ont aggravé les tensions sur les prix de l’énergie.

Les chiffres sont cruels. Les données de l’Energy Information Administration (EIA) montrent une hausse moyenne de 12 % des factures d’électricité des ménages depuis janvier 2025. Certaines hausses sont spectaculaires : +23 % à Washington DC, +17 % dans l’Indiana, +15 % dans l’Illinois. Par ailleurs, les déconnexions pour impayés explosent : à New York, leur nombre a été multiplié par cinq. En plus de la flambée des factures d’électricité, les ménages font face à la hausse des prix du gaz. Ce dernier a bondi de 5,2 % en moyenne au cours de l’année dernière. Cette situation est d’autant plus problématique que l’administration a réduit l’aide fédérale à l’amélioration de l’efficacité énergétique des logements. De même, le programme d’aide aux ménages précaires a été diminué, avec un impact sur 6 millions de foyers.

Quand les choix politiques pèsent sur les factures

Comment en est-on arrivé là ? Premier facteur : le One Big Beautiful Bill a liquidé les incitations de l’Inflation Reduction Act de Biden pour le solaire, l’éolien et les véhicules électriques. Or, selon le think tank Resources for the Future, cette suppression augmentera les factures d’électricité de 5 à 7 % d’ici 2030. Ironie du sort : 70 % des investissements IRA bénéficiaient à des districts républicains.

Deuxième facteur : la demande vorace des data centers alimentant l’intelligence artificielle. Le Département de l’Énergie estime qu’ils pourraient représenter près de 10 % de la consommation électrique américaine d’ici 2028. Trump, qui a fait des data centers un pilier de sa rivalité technologique avec la Chine, se retrouve pris dans une contradiction frontale : promouvoir l’IA tout en promettant des factures basses. Son message du 12 janvier – « les entreprises technologiques doivent payer leur part » – trahit cet embarras.

Pétrole, gaz et GNL : des gains pour l’industrie, pas pour les ménages

Troisième facteur : le « Drill, baby, drill » n’a pas produit les effets attendus. Le baril oscille autour de 63 dollars mi-février 2026, en baisse de 11 % sur un an. L’essence a reculé d’environ 10 %, à 2,87 dollars le gallon en moyenne, loin de l’engagement d’un prix à 2 dollars. Mais cette baisse ne doit rien aux forages américains. Elle résulte d’un excédent mondial d’offre alimenté par les décisions de l’OPEP. L’industrie pétrolière américaine ne fore pas davantage, les prix étant trop bas pour justifier de nouveaux investissements. Les volumes devraient également baisser en 2026. Quant aux exportations massives de GNL encouragées par Trump, elles enrichissent les majors. Mais elles renchérissent également le gaz pour le consommateur domestique.

L’énergie pourrait peser sur les Midterms

Une bascule politique se profile. Un sondage Politico de février 2026 révèle que 37 % des Américains jugent les démocrates plus engagés dans la baisse des prix de l’énergie, contre seulement 25 % pour les républicains. Les démocrates ont testé avec succès le message affordability lors de scrutins en novembre 2025. Ils ont remporté des victoires en Virginie, au New Jersey et en Géorgie en imputant la hausse des factures aux choix républicains.

Ainsi, Trump se trouve face à ses contradictions. Sa stratégie fossile a freiné le déploiement des renouvelables bon marché. Son soutien aux data centers a alimenté la demande électrique sans adaptation suffisante des infrastructures. Ses exportations de GNL ont renchéri le gaz domestique. L’énergie pourrait ainsi devenir, pour les Midterms de 2026, ce que le prix des œufs aura été pour la présidentielle de 2024 : le flagrant symbole d’une promesse trahie.

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