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Le renouveau des G7

À l’approche de la réunion des Sherpas du G7, les déséquilibres globaux apparaissent de plus en plus difficiles à interpréter. Le défi n’est plus seulement d’agir, mais de se comprendre, alors que les grandes puissances peinent à partager un diagnostic commun. Une analyse portée par Clément Lebourg, directeur des Programmes du Cercle des économistes.

La deuxième réunion des Sherpas du G7 se tiendra les 29 et 31 mars prochains. Ils s’apprêtent à ausculter les « déséquilibres globaux ». Mais de quels déséquilibres parlons-nous ? Si les données sont sur la table, les lunettes pour les lire diffèrent désormais radicalement. Et cela, d’une rive à l’autre de l’Atlantique ou de l’Indopacifique. Le risque n’est plus seulement l’absence d’action. Il réside aussi dans un dialogue de sourds technocratique.

Le constat est là. Nous ne manquons ni d’expertise, ni de statistiques. Nous souffrons d’une fragmentation profonde de nos grilles de lecture. Ce que le thème des prochaines Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence nomme un « monde sans repères » ne décrit pas un vide, mais un trop-plein de signaux contradictoires que nous ne savons plus hiérarchiser ensemble.

Le G7 face à ses limites structurelles

Dans ce désordre, le G7 conserve un rôle moteur de coordination. Mais l’élargissement du format en « G7+ » est un aveu. La puissance seule ne suffit plus à imposer un diagnostic universel. Pourtant, l’inclusion politique n’est pas l’alignement intellectuel. On n’aligne pas des trajectoires économiques par simple invitation diplomatique. Comment s’accorder sur des réponses communes lorsque certains enjeux ne constituent pas les mêmes défis pour chacun ?

Prenons l’exemple de la mesure de la richesse. Là où l’Occident s’accroche encore au PIB comme boussole maîtresse, certaines puissances comme l’Inde en contestent l’hégémonie. Elles estiment qu’il ne reflète pas les fractures internes ni les réalités sociales. Bien que cinquième économie mondiale en termes de PIB total, l’Observer Research Foundation souligne régulièrement un autre fait. Le classement de l’Inde tombe autour de la 140e place mondiale pour le PIB par habitant. Des alternatives existent. L’Indice de développement humain ou la « Wealth of Nations » en font partie. Mais elles ne sont pas encore intégrées aux cadres de réflexion globaux. Face à un tel constat, une question s’impose. Comment piloter une économie mondiale si nous ne mesurons pas la « richesse » avec le même mètre-ruban ?

Le rôle clé des think tanks dans la reconstruction du dialogue

L’exemple indien n’est pas une exception, c’est un symptôme. Pour résoudre ces malentendus fondamentaux, il faut d’abord s’accorder sur la grammaire. Avant même de coordonner les réponses. Aujourd’hui, un fossé se creuse sur la définition de nos priorités. C’est ici que se situe le chaînon manquant. Un espace de confrontation brute des cadres d’analyse. C’est toute la force des think tanks, fondations et grandes institutions de recherche. Là où la diplomatie officielle reste mesurée, ces acteurs conservent leur liberté. Ils peuvent nommer les désaccords et traduire les concepts. C’est l’ambition de la deuxième édition du Dialogue Économique Mondial. Organisé lors des Rencontres Économiques d’Aix, il réunit une soixantaine de think tanks du Nord et du Sud et rassemble les voix d’une grande diversité d’acteurs.

Reconstruire une grammaire commune pour avancer

En articulant les discussions autour d’une parité géographique réelle et d’échanges à huis clos, nous recherchons les lignes de fracture entre les différents blocs géographiques. Car identifier où nous divergeons est le premier pas pour recommencer, modestement mais avec optimiste, à reconstruire une grammaire commune.

Dans un moment de blocage politique, il est important de miser sur une approche par les institutions, qui renouvèle les règles du jeu des discussions, en complément des rencontres très officielles. En somme, d’imaginer un renouveau des instances multilatérales, à commencer par le G7.