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Non-assistance à jeunesse en danger : l’alerte du Cercle des économistes

A quelques semaines des élections municipales, le Cercle des économistes dévoile les résultats de son étude « Jeunesse(s) », réalisée avec le cabinet d’études Elabe, menée auprès de 5 000 jeunes de 15 à 29 ans sur l’appréhension de leur avenir. Une enquête qui bouscule les idées reçues sur la jeunesse : loin d’une « génération de la flemme », elle révèle des jeunes ancrés dans le réel, attachés au travail et en quête d’impact. Mais leur aspiration à la sécurité traduit surtout une anxiété nourrie par la précarité matérielle. Plus que des discours, ils attendent désormais qu’on réponde à leurs besoins et qu’on leur laisse enfin prendre leur place.

La jeunesse sur un fil face à l’accumulation des crises

Loin des clichés d’insouciance, les 15-29 ans en France sont confrontés à une accumulation de crises économiques, sociales et personnelles. Santé mentale, défis climatique et écologiques, difficultés financières et précarité de l’emploi pèsent sur leur quotidien et leurs perspectives.

3 jeunes sur 10 ont régulièrement des problèmes de santé mentale. Le sentiment d’isolement est central dans leur détresse :64% se sont déjà sentis seuls, dont 29% qui considèrent que c’est un problème permanent. La vulnérabilité est aussi physique : 34% déclarent avoir déjà eu une addiction (alcool, tabac, drogues…). Les plus jeunes ne sont pas épargnés (16% des 15-17 ans).

Les 15-29 ans subissent de plein fouet les conséquences de la crise inflationniste. 3 jeunes sur 4 surveillent leur budget en permanence, près d’1 sur 2 redoute d’avoir du mal à boucler ses fins de mois et 29% disent que leurs revenus ne leur permettent pas de subvenir à leurs besoins. Si aucune jeunesse n’est épargnée, certaines catégories souffrent encore davantage de ces fragilités : les NEETs (les jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation), les jeunes d’origine sociale défavorisée, les 20-24 ans et les jeunes femmes.

Au global, les jeunes éprouvent une peur de l’avenir, qui se manifeste aussi dans le contexte géopolitique et économique actuel, avec des inquiétudes sur la guerre : 38 % craignent de vivre une guerre sur le territoire français.

Face aux incertitudes, les jeunes se recentrent sur l’intime et le digital

Face à ces fragilités, la jeunesse se recentre sur la protection de soi et de ses proches. L’équilibre personnel, la santé et les liens intimes deviennent des priorités, 76% des jeunes préférant « avoir quelques amis très proches sur qui compter ». Deux tiers déclarent vouloir une « vie calme et sereine », et près de 6 sur 10 font passer leur santé avant tout. Avant tout centrés sur leur cadre de vie proche, 76% se disent attachés à la France, 71% à leur territoire ou ville natale.

Pour naviguer dans un monde incertain, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle servent de repères communs pour apprendre, s’informer et trouver un soutien émotionnel. Ainsi, près de 8 jeunes sur 10 trouvent que les réseaux sociaux et l’IA sont utiles « pour apprendre de nouvelles choses », 64% trouvent l’IA utile pour « trouver des conseils et se faire coacher » et, surtout, 43% pour « trouver du soutien émotionnel ».

S’il est impossible de parler d’une génération « désengagée », force est de constater qu’aucune « grande cause » ne fédère la jeunesse, dont les revendications sont atomisées (justice sociale, éducation, climat…). Le politique est largement décrédibilisé à ses yeux (déconnectée de la réalité pour 78%), mais le vote garde un « vrai impact » pour 45% d’entre eux. L’engagement se redéfinit davantage, pour 1 jeune sur 2, comme « aider en premier lieu ses proches, sa communauté ».

Une génération toujours attachée au travail, mais différemment de ses aînés

L’entrée dans l’âge adulte, autrefois perçu comme une source d’indépendance et d’émancipation, est souvent perçue et vécue par les jeunes comme un véritable parcours du combattant. Pour la majorité, l’entrée sur le marché du travail est vécue comme une étape angoissante (51%) et perçue comme « une étape difficile à réaliser » (56%). Les 15-29 ans sont globalement pessimistes sur l’avenir du travail, avec 1 sur 2 estimant qu’il sera plus dur, pénible ou exigeant qu’aujourd’hui, moins protecteur et moins bien payé, et plus verrouillé par le déterminisme social.

Le travail reste un pilier essentiel, mais les attentes ont évolué : sécurité, sens, équilibre et impact social priment désormais sur le seul critère du salaire. Ainsi, les jeunes redéfinissent la notion de réussite : elle ne se mesure plus seulement en termes de carrière ou de revenus, mais aussi en termes de sérénité, d’autonomie et de qualité de vie. Plus de 8 jeunes sur 10 définissent avant tout le travail comme un moyen de gagner sa vie et d’être indépendant.

Lucides face aux obstacles mais loin de se résigner, les jeunes redessinent leur vision du travail et redéfinissent leur rapport aux entreprises. Ils estiment qu’elles doivent d’abord avoir un rôle social avant un rôle économique : 47% jugent que la priorité absolue doit être de réduire le stress et protéger la santé mentale en entreprise et 45% souhaitent qu’elles favorisent leur insertion par le recrutement (premiers emplois, stages), une demande qui grimpe à 50% chez les NEETs.

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