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S’attaquer pour de bon au problème des métaux rares

Métaux rares

La sécurisation des chaînes d’approvisionnement en métaux rares est devenue un enjeu central pour l’industrie, la transition énergétique et la souveraineté économique, analyse Valérie Mignon, économiste.

La première réunion du G7 Finances sous présidence française a consacré un thème révélateur : la sécurisation des chaînes d’approvisionnement stratégiques, notamment en terres rares. Ce choix sera débattu aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence juste après le G7 d’Évian. Il traduit par ailleurs une prise de conscience croissante : les capacités industrielles, énergétiques, numériques et de défense des économies avancées reposent sur une base matérielle dont la dimension stratégique a longtemps été sous-estimée.

Des métaux indispensables et difficilement substituables

Les technologies bas-carbone, les infrastructures numériques et les systèmes de défense mobilisent des matériaux spécifiques : lithium, nickel, cobalt, cuivre, graphite et terres rares. Ces éléments alimentent batteries, éoliennes, moteurs électriques, radars, capteurs et systèmes de communication et présentent des propriétés difficilement substituables. Les chaînes de valeur sont très concentrées, surtout pour le raffinage et la transformation, où la Chine domine. Cette concentration crée des vulnérabilités pour les économies importatrices.

La question centrale n’est donc plus seulement celle de l’accès aux ressources, mais celle de la résilience des chaînes d’approvisionnement dans leur ensemble. Sécuriser une chaîne implique de limiter les risques de rupture à chaque maillon – extraction, transformation, fabrication et recyclage. Cela garantit la continuité industrielle et renforce la stabilité macroéconomique ainsi que l’autonomie stratégique.

Les leviers économiques et industriels mobilisables

À cette fin, plusieurs leviers peuvent être combinés. Développer des capacités locales d’extraction et de transformation est nécessaire, mais coûteux et long, et se heurte à des enjeux d’acceptabilité sociale. La diversification géographique des sources réduit la dépendance à quelques acteurs dominants. Elle reste toutefois partielle, car de nombreux projets dépendent encore, en amont, de capacités de transformation concentrées.

Le recyclage et l’économie circulaire vont jouer un rôle croissant. Les équipements en fin de vie contiennent des volumes significatifs de métaux stratégiques. Les valoriser réduit la dépendance aux importations et améliore le bilan environnemental. Mais les volumes récupérables restent limités et les procédés complexes.
L’innovation et l’écoconception réduisent l’intensité matérielle des technologies et prolongent la durée de vie des équipements. Elles atténuent la pression sur certains métaux, sans la supprimer.

Une stratégie européenne en construction

Ces orientations se retrouvent dans la stratégie européenne. Le Critical Raw Materials Act fixe des objectifs pour l’extraction, la transformation et le recyclage à horizon 2030. Le plan RESourceEU accélère les projets stratégiques, mobilise des financements et diversifie les partenariats.

Un arbitrage économique apparaît clairement. La sécurisation implique des coûts immédiats, financiers et environnementaux. La dépendance expose à des coûts différés, mais souvent plus élevés en cas de rupture d’approvisionnement ou de choc géopolitique. Dans un monde marqué par la transition énergétique et la fragmentation géopolitique, sécuriser les chaînes de matériaux stratégiques n’est pas une option. C’est donc une condition de crédibilité des trajectoires industrielles, climatiques et de défense, et une nécessité pour la stabilité et la souveraineté économiques.

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