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Chute du prix du pétrole : tout sauf une aubaine

petrole 2Le passage du prix du baril de brut sous les 30 dollars, ces jours derniers, éloigne plus encore la perspective d’un retour vers les niveaux observés au début de la décennie. Ce que confirme l’Agence internationale de l’énergie dans son rapport de janvier tablant sur la persistance d’une offre surabondante en 2016, sous l’effet combiné de la fin des sanctions à l’encontre de l’Iran (conduisant à un surcroît de 300.000 à 500.000 barils/jour) et des incertitudes sur la croissance chinoise. La configuration actuelle du marché pétrolier présente un degré de complexité historiquement inédit, tant du côté de l’offre (enchevêtrement des tensions moyen-orientales et méditerranéennes, retour à l’avant-scène du producteur américain, délitement du pouvoir de régulation de l’Opep…) que de la demande, dont les chocs ont imprimé les inversions de tendances depuis le début des années 2000.

A mesure que s’installe la perspective d’un contre-choc pétrolier s’étalant sur quelques années, il importe de mieux saisir la portée macroéconomique d’un tel phénomène. Si, par hypothèse, le prix moyen du pétrole s’établissait à 50 dollars jusqu’en 2020 (Goldman Sachs prévoyant un rebond à ce niveau en 2016), par comparaison avec l’ancienne référence de 100 dollars, sur cette demi-décennie, le chiffre d’affaires du brut mondial diminuerait en cumul d’environ 8.000 milliards de dollars, un tiers correspondant à un transfert des pays exportateurs vers les importateurs. Comme la propension à dépenser dans les pays importateurs est plus élevée, la tentation est forte de saluer cet « effet d’aubaine » en considérant qu’il y a là un facteur de soutien de la croissance mondiale.

Mais, comme le souligne le FMI dans ses « Perspectives de l’économie mondiale », l’impact haussier sur la consommation dans les pays importateurs a été jusqu’alors plus faible que lors d’épisodes antérieurs de baisse des prix. Surtout, ce modeste effet de levier met en risques, pour certains délétères, des pays exportateurs qui n’avaient pas tous cumulé 700 milliards de réserves comme l’Arabie saoudite : la Banque mondiale considère que la croissance des pays exportateurs est généralement impactée à hauteur de – 1 à – 2.5 % en situation de recul du prix du pétrole de 10 %. Et, même pour les Saoudiens, deux années de déficits budgétaires massifs (- 15 % en 2015, – 11 % annoncés en 2016) auront sérieusement entamé la cagnotte constituée aux temps où le baril frôlait les 150 dollars (en 2008). Du côté des importateurs, pour une Europe toujours et encore convalescente, la ristourne sur les achats de pétrole comporte des coûts à peine cachés (réduction des marchés à l’export, stress sur le secteur pétrolier et parapétrolier, notamment en mer du Nord) et qui ne sont pas tous de nature économique (préoccupante déstabilisation du voisin russe, accroissement des pressions migratoires dans le bassin méditerranéen).

Surtout, au lendemain d’une COP21 aux résultats encourageants, la mise en oeuvre de l’Accord de Paris requerra une bonne dose de stoïcisme, si les prix du pétrole devaient rester « cassés ». La loi française sur la transition énergétique, votée l’été dernier, prévoit par exemple la réduction de 30 % de la consommation d’énergies fossiles en 2030, objectif plus difficile encore à atteindre si les prix à la pompe et à la cuve devaient rester bas. Plus généralement, des dizaines de milliers de milliards de dollars devront être investis, au niveau mondial, dans les filières énergétiques jusqu’à la fin de la décennie 2020 pour espérer inverser la courbe des émissions de CO2 (près de 100 trillions, selon le rapport « New Climate Economy de 2015 »). Or, les incertitudes sur les prix des énergies carbonées (pétrole, mais aussi gaz et charbon) et sur les coûts des énergies décarbonées (renouvelables, nucléaire) ne faciliteront pas le calcul économique pour des investissements dont la durée d’amortissement s’étalera sur des décennies. Autant d’arguments qui plaident pour des mécanismes innovants de fiscalité carbone.

 

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