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« Donald Trump peut-il faire baisser le dollar ? »

« Guerre ». Le mot a été utilisé sciemment par le président de la République. Guerre sanitaire face aux effets dévastateurs du Covid-19. Certains ne manqueront pas d’évoquer une nouvelle guerre monétaire, entre le dollar, l’euro et le yuan, face aux nombreuses incertitudes. Pour Valérie Mignon, il faut mettre le sujet en perspective, dans le contexte électoral aux Etats-Unis.

Alors que la force du dollar a été louée par l’administration américaine durant des décennies, Donald Trump ne cache pas sa préférence en faveur d’une dépréciation du billet vert. Jusqu’aux récentes mesures prises face à la propagation de la crise sanitaire actuelle, le Président n’avait en effet cessé de reprocher à la Réserve fédérale américaine (Fed) de ne pas réduire suffisamment ses taux directeurs pour favoriser une baisse de la devise américaine en rendant les investissements en dollars moins attractifs. Pourquoi Donald Trump est-il favorable à une dépréciation du dollar alors qu’il accuse régulièrement lui-même ses partenaires commerciaux internationaux de se procurer un avantage compétitif, en manipulant leur devise afin qu’elle ne s’apprécie pas face à la monnaie américaine ?

La réduction du déficit commercial des Etats-Unis a toujours été l’un des objectifs prioritaires de Donald Trump, comme il l’a clairement affiché dans le cas des relations bilatérales avec la Chine. Dans ce cadre, le taux de change a un rôle majeur à jouer afin, pour les Etats-Unis, de regagner en compétitivité à l’international. Une dépréciation du billet vert serait ainsi à même de relancer les exportations, ce qui aurait pour conséquence de réduire le déficit de la balance commerciale et de redynamiser la croissance américaine. En mettant à son crédit, en période de campagne électorale, de telles perspectives favorables concernant la santé de l’économie américaine au sortir de la crise sanitaire, Donald Trump pourrait renforcer les intentions de vote en sa faveur, notamment de la part de la classe ouvrière.

Il convient en effet de garder à l’esprit qu’outre les fondamentaux économiques, les élections présidentielles américaines sont un autre facteur à même d’influencer l’évolution du dollar. Alors que l’investiture de l’actuel Président est acquise côté républicain, l’incertitude règne mais s’amenuise s’agissant de la position du candidat démocrate qui remportera les primaires. Les objectifs annoncés des candidats démocrates avant la pandémie, notamment de la part des prétendants les plus à gauche, en matière d’alourdissement de la fiscalité pour les entreprises, sont de nature à tirer à la baisse les marchés boursiers, renforçant l’affaiblissement du billet vert. Ainsi, quel que soit le résultat des élections, une correction du dollar est très probable : d’un côté, celle-ci est clairement affichée dans les objectifs de Donald Trump, de l’autre, elle apparaît sous-jacente au climat d’incertitude qu’une victoire démocrate engendrerait sur les marchés déjà très fortement chahutés. Au total, si une dépréciation de la devise américaine est potentiellement à attendre, seule son ampleur semble réellement dépendre de l’issue du scrutin du 3 novembre 2020.

Un dernier élément d’actualité, qui a naturellement pris le pas sur tous les autres, accroît considérablement l’incertitude du contexte général : le Coronavirus. L’impact majeur attendu de la pandémie sur la croissance américaine a conduit la Fed à diminuer ses taux de -0,5 point au début du mois de mars, puis à procéder à un nouvel abaissement « surprise » mi-mars afin de les ramener dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25% pour soutenir l’économie. Si cette réduction est aussi de nature à ralentir l’appréciation du dollar, son impact global en matière de compétitivité dépendra toutefois des politiques qui seront suivies par les autres banques centrales au niveau mondial face à la pandémie ; ces dernières s’étant par ailleurs concertées pour accroître l’approvisionnement des marchés financiers en liquidités.

Des mesures majeures sont prises par les autorités monétaires de façon quotidienne pour soutenir les économies, à l’image du plan d’urgence de 750 milliards d’euros de rachats de dette publique et privée dévoilé par la Banque centrale européenne le 18 mars.

 

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