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Et si le G20 redevenait utile ?

1434830_origOù est passé le G20 ? Certes, il se réunit, comme la semaine dernière à Shanghai. Pour le reste, c’est-à-dire l’essentiel, la maison n’est pas loin de brûler. L’économie mondiale ralentit avec la Chine, les Etats-Unis, nombre de pays émergents ; la « guerre des changes » bat son plein ; l’OMC reste paralysée ; les négociations bilatérales style TTIP posent plus de problèmes qu’elles n’en résolvent. Pas d’approche globale ni même seulement européenne, du drame des migrants. L’économie mondiale est menacée de fragmentation, tout comme l’Europe avec un possible Brexit.

Nous fûmes un certain nombre à souhaiter la création, dès 2006, d’une coordination mondiale permettant aux puissances émergentes d’exprimer leurs points de vue, d’aller donc au-delà du G7-G8, et de créer ainsi les bases d’une gouvernance mondiale. O miracle ! C’était l’amorce d’un monde régulé et gouverné collectivement rêvé par Kant. Les sommets du G20 à partir de novembre 2008 ont marqué le début de cette nouvelle ère.

Certes, tout n’y est pas parfait, l’Afrique étant sous-représentée et les pays développés encore largement dominants. Il n’empêche que le G20 a permis d’amortir la crise de 2008, de réformer la gouvernance du FMI comme de la Banque mondiale et de mettre le Conseil de stabilité financière au centre de la coordination financière internationale. A l’époque, deux utopies : l’ambition d’une gouvernance économique mondiale et la régulation de la sphère financière. Aujourd’hui, nous avons besoin d’initiatives en faveur d’une croissance stable, soutenable et inclusive.

Nous ne retrouverons pas de sitôt la croissance enregistrée avant 2007- 2008. Il nous faut désormais intégrer ce ralentissement. Dans ce contexte, le G20 doit reprendre la main, redonner sens à l’action collective et éloigner les risques de chocs de marché pouvant conduire à une récession mondiale.

L’analyse économique donne des outils pour faire progresser la régulation. Aujourd’hui, le prix du pétrole est largement déterminé par des considérations géostratégiques entre les pays du Golfe et les Etats-Unis. Or il existe un intervalle de prix qui permettrait aux pays producteurs d’assurer le maintien de leurs activités à un niveau satisfaisant et aux pays consommateurs de bénéficier d’un pouvoir d’achat renforcé. Les calculs suggèrent une fourchette entre 60 et 80 dollars le baril. Sur cette question, le G20 constitue de facto un espace de négociation privilégié. Tout faire pour éviter la récession et la déflation. Si ce n’est pas au G20 qu’un tel compromis peut se trouver, d’autres lieux sont difficilement envisageables !

Il en va de même pour la coordination des politiques monétaires, oubliée depuis longtemps. L’esprit des accords du Plaza (1985) et du Louvre (1987) s’est évaporé. L’absence d’ambition monétaire mondiale fait que nous vivons dans un monde de surréactions permanentes sur les marchés. Le lundi, on craint la banque centrale chinoise ; mardi, on s’interroge sur la Fed ; et mercredi, on s’inquiète du manque de résultat de la BCE. Tout cela pousse à des stratégies individuelles irrationnelles et dangereuses.

Le G20 doit confier au FMI et au Conseil de stabilité financière le soin de rétablir une vraie communication entre les grands argentiers jusqu’à les conduire à des mouvements coordonnés compréhensibles. L’attention nécessaire portée aux questions monétaires n’implique pas, bien au contraire, de négliger la croissance et l’emploi. Une croissance pour laquelle il faut mobiliser les liquidités et l’épargne abondantes vers l’investissement productif.

Le G20 devrait également susciter la relance du commerce mondial et le soutien de la demande globale. Il est temps d’avancer, au plan mondial comme dans la zone euro, sur cette question qui bloque tout depuis des années : comment répartir la charge de l’ajustement entre pays déficitaires et pays excédentaires ? En reprenant la main, le G20 serait le garant de la volonté collective d’éviter des situations incontrôlables et redeviendrait vraiment utile.

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