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Grève du 5 Décembre, Quel bonheur

La date du 5 décembre n’a pas laissé que de bons souvenirs dans l’Histoire : décès de Mozart (1791), de Nelson Mandela (2013), de Johnny (2017) mais aussi date anniversaire des grandes grèves de 1995 pour (déjà) remettre en cause la … réforme des retraites. Ne cédons pas pour autant à la nostalgie et au fatalisme. Cette grève peut être une chance.

Deux questions se posent. D’abord, il y a t-il convergence des luttes ? La réponse est clairement « Non ». Il y a « seulement » coïncidence des insatisfactions, ce qui ne crée pas en soi une révolution. Première insatisfaction : celle des retraites. Sur ce thème, soyons clair. Celle-ci est absolument indispensable. L’allongement de la durée de vie, qui est une chance, nous oblige à travailler plus (sauf à cotiser plus ou à percevoir moins). Deux solutions en cas de non réforme d’un modèle structurellement déséquilibré : la hausse des impôts ou, pire, le sacrifice des générations les plus jeunes (après nous le déluge…). Il faut donc réformer, en profitant de cette occasion, pour réduire les inégalités entre régimes de retraite. Les jeunes, qui ont déjà suffisamment de problèmes comme cela, ne peuvent pas faire front commun avec les vieux les plus égoïstes et les salariés les mieux protégés.

Deuxième insatisfaction qu’il serait fou de ne pas prendre en compte, celle des catégories sacrifiées depuis au moins deux décennies sur l’autel du libéralisme triomphant. Il est clair que des réformes structurelles doivent être engagées pour améliorer les conditions de travail des personnels hospitaliers, des enseignants, des forces de sécurité (pompiers compris) et que, dans ces domaines, il faudra mettre les moyens, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Deuxième question : faut-il espérer que les grèves du 5 décembre soient un succès ? La réponse à cette question est clairement « Oui » à une double condition. Première condition : que ceux qui se sentent menacés soient nombreux à descendre dans la rue pour que le Gouvernement prenne véritablement conscience (une partie du chemin a été déjà accompli « grâce » au mouvement des gilets jaunes) de la gravité de la situation pour toute une série de populations. Deuxième condition, plus importante encore : que ce « témoignage d’insatisfaction » soit de durée brève. Quand on tire une sonnette d’alarme dans un train nul besoin de rester accroché à celle-ci. Au-delà des congés de fin d’année, tout blocage durable de l’économie se paiera en croissance et donc en possibilité de mieux partager les efforts.

Pour ma part, je suis relativement optimiste. Les Français sont certes schizophrènes : ils veulent des machines à laver peu chères mais n’en acceptent pas les conséquences chez Whirlpool ; ils se précipitent chez H & M mais refusent toute délocalisation. Mais les Français sont aussi, depuis peu, favorables aux réformes, comme de nombreux sondages et, d’une certaine manière, l’élection d’Emmanuel Macron l’ont prouvé. Et, ce parce qu’ils ont enfin compris que le refus des réformes repoussait sur leurs enfants et leurs petits-enfants le poids des ajustements nécessaires.

Aux jeunes de comprendre que ces réformes, aussi partielles et imparfaites soient elles, sont faites pour eux. Aux adultes responsables et a fortiori aux élites de faire la pédagogie de celles-ci. Et à nous tous de nous rappeler – pour finir par une touche d’optimisme – que le 5 décembre est aussi la date anniversaire de la création du franc par le roi Jean Le bon (1360) et du début de la fin de la Seconde Guerre mondiale avec la contre-attaque soviétique contre Hitler (1941)…

 

 

 

 

 

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