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« Jusqu’où les bourses sont-elles sensibles aux épidémies ? »

L’épidémie de Coronavirus n’est toujours pas endiguée et les économies du monde entier, au mieux s’interrogent, au pire s’affolent. Plus loin que la réaction de court terme, Jean-Paul Betbeze analyse les mécanismes et la psychologie des marchés face à de telles situations.

 Coronavirus (2019-nCoV), Ebola, SRAS, MERS, ZIKA : toutes les épidémies obéissent aux mêmes paramètres médicaux (vitesse de propagation, durée de vie du virus « seul », durée d’incubation, degré de dangerosité, existence et efficacité de vaccins…), mais leurs différences impliquent, peu de temps après l’annonce de l’épidémie, d’évaluer leurs conséquences économiques et financières, bases des réactions boursières. Au tout début de la nouvelle d’une crise, elles prennent surtout en compte la taille des PIB en jeu et leurs répercussions internationales immédiates supposées.

Ce sont donc d’abord des chutes, partout, le 23 janvier : -10,7% à Shanghai jusqu’à son point le plus bas (3 février), mais -3,8% seulement jusqu’au point le plus bas du Dow Jones le 31 janvier et, à cette même date, -4,1% de chute maximale du DAX (Allemagne) et du CAC40. Le Coronavirus a d’abord été (évidemment) associé à la Chine, deuxième PIB mondial (13 600 milliards de dollars derrière les États-Unis, 20 500). Donc ce sera un risque de ralentissement de la croissance chinoise : elle passerait au mieux de 6 à 5% en 2020, soit 150 milliards de dollars « perdus », voire de contraction (certains analystes allant jusqu’à une pandémie mondiale où tous les pays seraient durablement atteints).

Mais l’histoire ne s’arrête pas à la seule Chine : elle affecte les pays exportateurs vers la Chine et les pays acheteurs de ses produits finis et intermédiaires. Les bourses baissent donc toutes, beaucoup, en fonction de leur proximité aux échanges internes, plus les entrants en Chine et en sortant, le tout en fonction de leurs PIB relatifs.

Remontées boursières partout ensuite, mais différenciées. D’abord, en même temps que vient le choc « automatique » de la crise, vient un antidote majeur : la baisse du prix du pétrole, soutien général à l’activité. Le baril de brent, déjà en descente depuis la crise d’Iran qui se calme, passe au-dessous de 63 dollars le 23 janvier pour chuter jusqu’à  54 le 3 février, avant de se reprendre. Partout, les calculs se font : le virus est plus contagieux que le SRAS mais moins dangereux, même si on ne sait pas encore le guérir, les mesures chinoises pour le cantonner sont impressionnantes et paraissent efficaces.

Ensuite, les bourses ont d’autres sujets à traiter : la croissance « tient » partout, les profits des entreprises sont et seront solides, l’emploi américain est là, si nécessaire la Fed baissera ses taux. En termes politiques américains, Pete Buttigieg semble gagner dans l’Iowa. Il fait moins peur que Sanders tandis que Joe Biden est certes modéré, mais âgé, avant que Bloomberg ne se lance. Et Donald Trump est acquitté.

Oublié ? Non, les gains de janvier ont été effacés et la bourse américaine a repassé son ancien pic, mais semble plus calme. Les bourses européennes se remettent, mais se préoccupent de la Chine et du Brexit (automobile allemande), la France pâtit de son climat social, l’Italie inquiète. Reste la Chine, dont la bourse a passé son point bas, avec des soutiens de la banque centrale. A elle de connaître les raisons de sa crise, sa dualité entre une culture et des structures de pays émergents (en matière de sécurité alimentaire et de salubrité) et de pays d’avant-garde. Les bourses vont être plus exigeantes à l’avenir, peut-être les réseaux de production changer ou s’entourer de garanties, ce qui pèsera sur les prix, les délais et la croissance.

Les bourses sont sorties de l’épidémie, partout secouées. Les places chinoises sont sous surveillance externe et interne.

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