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La Bourse aime-t-elle l’Europe ?

Les élections européennes livreront leur verdict dans quelques jours. Le caractère politique du scrutin ne doit pas cacher le contexte économique. Comment les marchés observent-ils ces élections ? Jean-Paul Betbeze explique pourquoi, à terme, la Bourse appréciera l’Europe à sa juste valeur.

La Bourse aime-t-elle l’Europe ? Pas vraiment, au moins dans son ensemble, ou plutôt pas encore assez. 100, placés dans l’Euro Stoxx 50 il y a dix ans, font aujourd’hui 104 ; 159 dans le CAC 40 ; 218 dans le Dax allemand ; 286 dans le Dow et 608 dans le Nasdaq. L’Euro Stoxx 50, créé en 1999 par le Dow Jones à partir de valeurs allemandes (14), françaises (19), néerlandaises (4), italiennes (5), espagnoles (6), belges (1), finlandaises (1), a donc peu performé. Sa composition a dû évoluer dans le temps, perdant des sociétés portugaises et irlandaises. Elle souffre encore de l’intégration de valeurs un peu moins internationales, plus bancaires et surtout moins high tech que ses concurrents américains.

Ces chiffres donnent un jugement boursier sur l’Europe qui combine de très grandes valeurs (LVMH, Unilever, SAP, L’Oréal, Anheuser-Busch Inbev, Airbus, Sanofi, Siemens…), avec des bancaires (Santander, BNP, Intesa, BBVA ou Société Générale) aujourd’hui moins appréciées, mais sans Google, Apple, Facebook ou Amazon, qui font ailleurs des merveilles.

Ces valeurs européennes peuvent être jugées plus « classiques » d’un point de vue boursier, dans la croissance molle de la zone euro : 1,2% contre 3,2% aux États-Unis. La désindustrialisation la frappe relativement plus, notamment l’automobile, notamment allemande. Les taux d’intérêt bas : 0% en zone euro contre 2,4% aux États-Unis pour les taux à court terme, et -0,1% en Allemagne et 0,3% en France pour les taux longs contre 2,4% aux États-Unis, pèsent lourdement sur les valorisations bancaires, même si les banques sont essentielles au financement de la zone !

Enfin, l’Europe ne compte que 38 licornes sur un total mondial de 342. Licornes qui, par construction, évitent la bourse, mais le chiffre donne une indication sur les goûts du risque comparés des deux côtés de l’Atlantique. L’Europe donne ainsi l’image d’un capitalisme « daté ». Il n’en est, malheureusement, pas plus sage pour autant, si l’on songe au Brexit ou à la montée des tensions politiques au sein de la zone.

Des valeurs européennes devenues mondiales

Mais ceci n’est pas une raison pour bouder les valeurs européennes, actuelles et surtout futures ! D’abord, l’Europe abrite des valeurs devenues mondiales : européennes et américaines au début, elles sont peut-être plus encore « chinoises » dans leur réussite actuelle. Pensons à LVMH (190 milliards de dollars de capitalisation, première valeur de l’Euro Stoxx), L’Oreal (150 milliards, 4éme de l’indice), Sanofi (103 milliards, 8ème), ou à Kering (72 milliards, 17ème).

C’est aussi une raison pour y chercher les valeurs « achetables » : le private equity fait ses courses en Europe, pensons à l’assurance vie, formidable capteur d’épargne, ou aux consolidations en cours, pensons à la banque. De plus, si l’on peut toujours s’inquiéter des tensions politiques en zone euro, les États-Unis et la Chine n’en sont pas exemptes, les bourses chinoises étant, de plus, sociologiquement très volatiles, dans ce pays très joueur. Enfin, si l’on regarde avec intérêt l’explosion actuelle de la French Tech et de ses levées de capital, on ne peut oublier que son histoire passera après par l’introduction en bourse, en souhaitant qu’elle soit européenne.

Bref, les cours des valeurs européennes ne disent pas tout leur avenir asiatique, dans ce monde en recomposition, ni ceux de la génération high tech qui pointe, plus liée aux soucis actuels de santé, sécurité ou écologie, en lien croissant avec les géants actuels. La bourse aimera l’Europe.

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