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La Fed baisse ses taux le 18 décembre : jamais deux sans trois ?

Vendredi 20 septembre, la Réserve fédérale américaine a procédé pour la quatrième fois consécutive à une injection de liquidités sur les marchés monétaires, à hauteur de 75 milliards de dollars. La veille, la Fed avait baissé ses taux courts. A quoi joue donc Jerome Powell ? Jean-Paul Betbeze explique pourquoi les marchés attendent du président de la Banque centrale américaine une nouvelle baisse de taux.

Comme prévu, Jerome Powell, le Président de la Banque centrale américaine (la Fed), baisse ses taux courts (fed funds) une deuxième fois de 25 points de base. Ils sont désormais entre 1,75 et 2%, tandis que la croissance devrait passer de 2,2% en 2019 à 2% en 2020, le taux de chômage rester à 3,7%  et l’inflation structurelle monter légèrement de 1,8 à 1,9% sur la période, selon les prévisions de la Fed. Alors, si l’on prend en compte son double mandat : atteindre le maximum d’emploi sans générer (beaucoup) plus de 2% d’inflation, nous y serons en 2020. D’ailleurs, nous y sommes déjà !

Mais les marchés attendent une troisième baisse : les rendements des bons d’état à 10 ans passent à 1,78%, ce qui donne une courbe des taux plate entre le très court terme et le long terme, un « équilibre » qui ne peut durer. C’est la deuxième fois que ceci a lieu : la baisse des taux longs appelle celle des taux courts. Début juillet, les taux longs étaient à 2,1% et les taux courts à 2,25 – 2,5% : la courbe est inversée, les taux courts dépassant les taux longs. Ceci annoncerait une récession dans l’esprit de beaucoup d’opérateurs inquiets, donc une baisse des taux courts pour tenter de la  repousser dans le temps, à défaut de  l’empêcher… Vient donc la baisse des taux fed funds le 31 juillet, qui les fait passer à 2-2,25% : la courbe redevient plate. Puis les taux longs se remettent à baisser jusqu’à 1,5% début septembre, qui conduit à cette deuxième baisse qui vient de se produire.

Les marchés en attendent donc une troisième, ayant écouté la conférence de presse de Jerome Powell. Ils comprennent qu’il est d’une extrême flexibilité, sans s’embarrasser de cohérence. Il y a un an, il annonçait la poursuite des hausses de taux, jusqu’à 3% au moins, puis les arrête en début 2019, puis les baisse fin juillet en indiquant qu’il s’agit d’une action mid term, comme en 1995 et en 1998, pour consolider la reprise et surtout pas pour lancer une série de baisses. C’est ce point de vue qu’il reprend dans son discours au symposium de Jackson Hole, fin août : la politique monétaire s’adapte à une nouvelle configuration où la croissance interne est forte, mais l’environnement menaçant. Elle ne s’engage pas dans une preset course de taux à la baisse (une pente mécanique). Mais le 18 septembre les taux rebaissent, Jerome Powell répétant qu’il ne s’agit pas d’une preset course et qu’il entend renforcer sa « guidance des taux à moyen terme », tout en étant à l’écoute de la situation du moment (state dependant) ! Quelle logique !

Jerome Powell confesse alors qu’il répare, plus qu’il ne prépare. Il ne peut tout faire : la politique fiscale n’est pas de son ressort – et elle est plus puissante que la politique monétaire (c’est du Draghi !). La politique commerciale est moins encore sous sa responsabilité. Il doit s’adapter à une économie où la demande des consommateurs est très forte, mais où les entrepreneurs sont inquiets de ce qui se passe à l’extérieur.

Mais « l’extérieur », c’est Donald Trump ! Et comme il veut être réélu, et mesure ce qu’il peut lui en coûter de poursuivre la guerre commerciale contre la Chine et une autre, militaire, avec l’Iran, il négocie avec la première et sanctionne plus le second. Alors la troisième hausse aura lieu un peu plus tard, quand l’économie fléchira. Et quand viendra la menace de récession, avec moins de baisses de taux possible, le rachat de bons de trésor fera le travail.

 

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