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La guerre mondiale des banques

Santander-Abbey ; Unicrédito-HVB ; BNP Paribas-BNL. Demain ABN Amro. La recomposition du paysage bancaire européen s’accélère. Dans une dizaine d’années, il ne restera plus qu’une dizaine de banques véritablement européennes.

Mais n’est-il pas déjà trop tard pour l’Europe ? Les banques américaines disposent aujourd’hui d’une force de frappe financière qui leur permet, avec quelques trimestres de profit, de faire main basse sur la banque européenne. Les banques japonaises sortent de leur crise. Les banques chinoises accumulent des réserves qui feront d’elles, demain, des prédateurs à l’échelle mondiale.

L’industrie bancaire mondiale va se recomposer dans les cinq ans qui viennent. Quelle sera la place des banques françaises dans ce jeu de go ? Ce livre essaie d’apporter quelques éléments de réponse à une question dont dépend le financement même de l’économie de notre pays.

Avant-propos

La guerre mondiale des banquesQuand, il y a trois ans à peine, la banque espagnole Santander a racheté la banque anglaise Abbey, l’écrasante majorité des responsables bancaires français (autorités de régulation comprises) ont affiché leur scepticisme : il s’agit, disait-on alors, d’une opération atypique qui n’aura pas de suites. Et puis il y a eu Unicredito – HVB, ABN Amro – Antonveneta, BNP Paribas – BNL et enfin, aujourd’hui, c’est ABN Amro qui, passant du rôle de prédateur à celui de proie, est en passe d’être vendue au plus offrant, sans même parler des rumeurs concernant le rachat de la Société Générale par BNP Paribas. Toutes ces opérations sont-elles, toutes autant qu’elles sont, atypiques, ou, au contraire, marquent-elles l’avènement d’une nouvelle ère dans l’histoire de la banque européenne voire mondiale ? La réponse est la même qu’il y a trois ans : les années à venir sont celles qui vont connaître la partie d’« oligopoly » bancaire mondial la plus passionnante de l’histoire du capitalisme.

Quels enseignements tirer des opérations déjà réalisées ? À ce jour, tout s’est plutôt bien passé. Les opérations de fusion trans-européennes ont contribué à réduire l’émiettement du marché bancaire le plus vieux du monde. À l’exception d’Antonio Fazzio, l’ex-gouverneur de la Banque d’Italie (qui a plus péché sur la forme que sur le fond), les autorités de tutelle ont joué leur partition entre protectionnisme à tout crin et libéralisme à tout va (comme en témoigne l’attitude de la Banque Centrale néerlandaise dans l’opération d’ABN).

Le seul reproche que l’on puisse formuler concerne la forme proposée par le triumvirat Fortis – Santander – RBS pour le rachat d’ABN. La banque, en effet, n’est pas une industrie comme les autres. Le crédit n’est pas du yaourt ou même de l’automobile. La vente à la découpe n’a, dès lors, pas sa place dans ce secteur, même si celle-ci reste le plus sûr vecteur de valorisation boursière. N’oublions jamais que la banque se distingue des autres industries par l’existence de produits joints et d’effets externes sur les autres secteurs d’activité économique. La mondialisation ne peut donc l’affecter que de manière tout à fait spécifique.

De quoi l’avenir de l’Europe bancaire sera-t-il fait ? Les cibles d’éventuels regroupements de tailles significatives sont peu nombreuses. On peut d’ores et déjà désigner les futures victimes : sûrement Banco Popular, Commerzbank et Dexia ; possiblement quelques autres, parmi lesquelles Médiobanca, Standard and Chartered et la Société Générale.

N’oublions pas par ailleurs que l’« oligopoly » bancaire est désormais mondial. Face à cette situation, les industries bancaires allemande et italienne doivent sortir de leur protectionnisme archaïque. Mais la Commission doit aussi mettre un terme à son libéralisme angélique. De l’avenir de l’industrie bancaire européenne dépend, en effet, l’avenir du financement de nos économies. On ne doit pas jouer avec cela, au nom de principes théologiques, contradictoires avec l’émergence de champions bancaires européens.

En ce qui concerne la France, les banques mutualistes doivent accélérer leur internationalisation, et en particulier leur européanisation. En ce qui concerne les banques privées (il n’en reste plus que deux : la Générale et la BNP), la consolidation de leur actionnariat constitue une « impérieuse nécessité ». Il s’agit là d’un impératif de sécurité nationale. Rien de moins. Nos gouvernants ne peuvent pas, tel Ponce Pilate, s’en laver les mains.

Pendant ce temps, les banques japonaises sortent de quinze années de crise et les banques chinoises montent, progressivement et rapidement, en puissance. Quant aux banques américaines, elles sont de plus en plus riches : avec quelques trimestres de profits, les trois plus grandes d’entres elles pourraient se payer presque n’importe laquelle des banques européennes. Chacune des trois principales banques américaines a, en effet, réalisé, en 2006, des profits presque aussi importants que le total cumulé des six premières banques françaises (les 28 milliards d’euros si critiqués par les médias…). Le « jeu de go » des rapprochements bancaires va donc se poursuivre. Et ce au moment même où les banques pénètrent de nouveaux métiers et où des opérateurs de la grande distribution ou des télécoms font de plus en plus souvent incursion dans les métiers bancaires.

Ce « grand chambardement » bouleverse beaucoup d’idées reçues sur la banque. L’avenir bancaire est-il, pour autant, illisible ? Non : pas si vous suivez notre réflexion pas à pas…

Olivier Pastré

Editions : PUF et Descartes & Cie

12 € ISBN : 978-2-13-056179-8

SOMMAIRE

Avant-propos d’Olivier Pastré

I. PERSEPECTIVES HISTORIQUES

Vingt ans de mutations Michel Aglietta

Un scénario hétérodoxe pour l’industrie bancaire du futur Jean-Paul Pollin

II. PERSPECTIVES D’AVENIR

Le capitalisme financier du XXIe siècle Bertrand Jacquillat

L’inconnue asiatique Patrick Artus

Le système bancaire européen : entre contre-révolution et internationalisation Jean-Paul Betbèze

Les défis de l’industrie bancaire française Olivier Pastré

CONCLUSION : Quel avenir pour les banques françaises

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