Des universitaires avec une conviction : l’importance d’un débat ouvert et accessible

La prochaine crise sociale sera intergénérationnelle

Alors que la réforme des retraites occupe l’espace médiatique et politique, Jean-Hervé Lorenzi attire notre attention sur une crise bien plus importante qui se prépare, entre jeunes et seniors, que tout sépare. Organisation du travail, logement, nature des emplois proposés, dépendance… tout est à revoir pour pacifier les rapports entre les générations.

Lorsque la réforme des retraites aura été adoptée, vraisemblablement dans la douleur, nous serons encore bien loin d’avoir résolu les problèmes intergénérationnels de la société française.

Le vrai sujet est que tout sépare les jeunes qui ne peuvent pas se loger, qui ont un taux de pauvreté et un taux de chômage largement supérieur aux autres générations, des autres actifs qui n’ont, pour une grande part, pas de perspective, pas de bien-être au travail, et des personnes âgées, au sujet desquelles, nous en sommes convaincus, le prochain grand débat n’est pas celui sur les retraites, mais celui sur la dépendance.

Un système à revoir de haut en bas

C’est donc d’une remise à plat non pas du marché du travail, mais de l’organisation du travail, du logement, de la formation continue, de la nature des emplois proposés et non pourvus qu’il faut débattre. Je reviens ici sur les principales conclusions d’un rapport publié par la Chaire Transition démographique Transition économique qui a pour ambition de résoudre le conflit intergénérationnel en s’appuyant largement sur les travaux de modélisation qui permettent de mesurer l’impact de chaque décision liée à l’évolution démographique de notre pays sur la croissance et sur les finances publiques.

Les dépenses de protection sociale subiront le choc du vieillissement de plein fouet. Nous le chiffrons à 89 milliards d’euros en 2032 et 142 en 2040, à structure de coûts inchangés. Si l’on veut tenir compte de nouveaux besoins (notamment la perte d’autonomie), ce sont 22 milliards supplémentaires qu’il nous faudra trouver en 2032 et 31 en 2040. C’est donc aussi un choc de financement inédit qui nous attend et qui risque d’accentuer, si rien n’est fait, les conflits entre les générations.

Comment pourrait-il en être autrement, alors que les jeunes sont en partie sacrifiés et souffrent d’un taux de pauvreté bien plus élevé que leurs aînés ? Pour pacifier les rapports entre les générations, nous proposons à la Chaire TDTE d’évaluer chaque nouvelle politique publique à l’aune du concept « d’harmonie entre les générations ».

La faiblesse française du taux d’emploi des jeunes et des seniors

Nous connaissons les réformes nécessaires. Celles-ci doivent réparer les principales faiblesses françaises, qui résident surtout dans la faiblesse du taux d’emploi des jeunes et des seniors, dans l’insuffisance des efforts d’insertion des jeunes, dans trop de compétences inadaptées, mais également dans des conditions de travail dégradées auxquelles les travailleurs refusent légitimement de souscrire. C’est dans ces domaines, dont les réformes sont parfaitement compatibles avec l’impératif d’harmonie, que nous devons appuyer nos efforts.

Seule la réforme de la perte d’autonomie pourrait être source de conflit. C’est légitime. Il nous semble en effet injuste de demander aux jeunes générations d’y contribuer dès le premier euro gagné. Tout comme il nous semble injuste de reporter l’effort uniquement sur les retraités. Il est alors essentiel de faire émerger un compromis entre les générations avec des mesures comme la mise en place d’une assurance dépendance obligatoire dès 45-50 ans ou d’une contribution issue de l’important patrimoine des retraités.

N’oubliez pas que des centaines de milliers d’emplois aujourd’hui ne sont pas pourvus, essentiellement par les jeunes, que le taux d’activité des plus de 60 ans est d’à peine un tiers et que tous les sondages indiquent que les Français, massivement, ne sont pas bien dans leur travail. Plus que jamais, l’heure est à une réforme structurelle et ambitieuse du pacte intergénérationnel !

Pour résoudre ces chocs du vieillissement sur l’économie française, il nous faut traiter les problèmes de notre société avec une vision globale. Les propositions ci-jointes permettent d’améliorer les conditions de vie de toutes les générations et de surmonter ce choc. Le débat doit enfin avoir lieu afin que les décisions nécessaires soient posées le plus rapidement possible.

 


 

Jean-Hervé Lorenzi, titulaire de la Chaire TDTE, président des Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence et fondateur du Cercle des économistes

 

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