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La récession américaine de 2017

récession américaine 2017Et pourquoi ne pas y penser ? Les Etats-Unis ne vont pas tirer longtemps encore une croissance mondiale qui faiblit. Ils vont ralentir – leurs profits baisser, puis entrer en récession – pour les reconstituer. Jusqu’ici, ils ont bien réussi leur sortie de crise grâce à un étonnant sursaut de rentabilité : un déplacement de 6 % du revenu national en quatre ans. Au coeur de la crise en 2007-2008, la part des profits dans le revenu national y tombe en effet à 8 %… un minimum depuis la Deuxième Guerre. Quelques années après, 2012-2013, la voilà à 15 %… le maximum depuis la guerre. Depuis un léger tassement s’installe (14 %), mais il n’inquiète pas encore. Et pourtant c’est l’engrenage, en cinq étapes.

1. Sortie de crise par le profit aux Etats-Unis – c’est fait. Le profit est la façon américaine de purger l’excès d’endettement, la seule possible (on devrait y penser plus). Licenciements massifs et baisse violente des charges des entreprises, gel des salaires sur plusieurs années, emplois précaires ou à temps très partiels, baisses ou suppressions des primes, baisse à 0 % des taux d’intérêt courts, puis baisse des taux longs (« quantitative easing »), donc baisse du dollar, puis baisse des prix de l’énergie (gaz de schiste) : on connaît les ingrédients. Ils se conjuguent pour éviter la dépression puis faire remonter les marges, tenir la Bourse, faire repartir les prix des logements, puis l’emploi – mais pas (encore ?) les salaires… C’est là que ça va changer.

2. Normalisation par la hausse des taux courts américains en 2015-2016. Côté américain, les choses bougent en effet. Face à ce plein-emploi encore non inflationniste, la Fed va normaliser ses taux courts. La « forward guidance », autrement dit le pilotage des anticipations au-delà de ce que donnerait la logique économique, s’use. Dire que la Fed sera pragmatique ou, pour faire scientifique, « agira en fonction des données », c’est préparer les esprits à la hausse des taux face à celle des salaires. Côté non américain, c’est l’attente. Les autres banques centrales restent (Japon et Royaume-Uni) ou entrent (zone euro) en « quantitative easing » tandis que les BRICS, en difficulté, font tout pour baisser leurs taux de change. Les Etats-Unis deviennent l’abri du monde : vont-ils beaucoup aimer, si ceci les freine ?

3. Le « quantitative easing » de Mario Draghi renforce le dollar. Quand la Banque centrale européenne achète 60 milliards d’euros par mois pendant dix-neuf mois, elle commence par les obligations publiques des membres de la zone euro, mais le processus s’arrête assez vite. Vendre à la BCE, c’est réaliser une plus-value, à condition de bien la réinvestir, se disent les assureurs, les gestionnaires d’actifs et autres fonds de pension. Mais vendre à la BCE, c’est se financer pas cher se disent les grandes entreprises mondiales qui émettent plus d’obligations que jamais. Les taux longs européens restent très bas, les taux américains plus hauts. Le dollar continue de monter. Or la politique du dollar fort n’est pas une habitude américaine. Certains experts américains disent que c’est leur nouvelle phase de développement : l’avance technologique paie et se paie, Apple ne fait pas dans le low cost. Mais tout le monde n’est pas Apple, leur répond-on.

4. « Effet falaise » et forte remontée des taux longs américains. 2016-2017, c’est le moment où 200 milliards de dettes achetées par la Fed vont devoir être remboursés, en attendant 300 milliards les deux années qui suivent. C’est à ce moment aussi que, si l’on en croit les prévisions officielles, le déficit américain remonte, avec les dépenses de santé.

5. C’est la récession américaine, pour mieux repartir. Inutile d’être taxés de pessimisme devant une telle séquence : les taux d’intérêts anormaux actuels sont destinés à traiter notre cure de surendettement privé, et surtout public. Or les Etats-Unis vont mieux, pas encore la zone euro. Elle s’endette même si peu cher que le « QE » européen peut être détourné de son but : les réformes. En 2017, les Etats-Unis tirent leur sonnette d’alarme. Ils font baisser le dollar – l’euro monte. Leurs taux ayant monté en 2015 peuvent baisser – et ceux de la zone euro ? Les Etats-Unis s’ajustent alors plus vite, à partir d’entreprises plus puissantes, moins endettées, plus rentables – pour repartir quelque temps après. C’est à ce moment qu’une seule chose nous passionne : notre quinquennat. Et pourtant : 2017, c’est demain.

 

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